[Société] Énergie électrique : pourquoi le courant de fait rare

Depuis des semaines, les coupures d’énergie ont atteint des cimes jamais atteintes. L’heure est grave au Cameroun. Les coupures d’énergie électrique ont pris une autre ampleur qui frappe jusqu’aux grandes villes. Dans la cité capitale, personne n’est épargné. Du citoyen lambda jusqu’aux personnalités les plus élevées de la République. Des quartiers èntiers sont privés d’électricité pendant des heures, voire des jours. Les commerçants grincent les dents, obligés, pour ceux qui font dans les denrées périssables, d’avoir recours à un groupe électrogène pour la conservation. Ce qui grève davantage la bonne santé de leur commerce. « Ce que nous vivons est cruel, on ne peut pas traiter les citoyens de cette façon. Et puis, on viendra à la fin du mois nous tendre une facture, alors qu’on n’a pas consommé. Je vends du poisson. Sans lumière, je suis fichu », se plaint un tenancier d’une poissonnerie au quartier Anguissa. Partout, jusque dans l’arrière-pays, les Camerounais coulent des larmes de dépit. Dans le Grand Nord, c’est pire. Où est passée l’énergie électrique ? Ce n’est certes pas la première fois qu’ils sont face à un délestage, mais, cette fois-ci, ce sont des proportions jamais atteintes. Que se passe-t-il ? En tout cas, sur la toile, les lanceurs d’alerte y vont de leurs commentaires, avançant des arguments qui pour eux, semblent défendables. Voilà par exemple ce qu’on peut y lire : « Selon un haut cadre des services de la production d’électricité au Cameroun qui m’a contacté, les coupures intempestives et récurrentes d’électricité sont dues à la construction des faux barrages au Cameroun par les Chinois avec la complicité des fonctionnaires camerounais. Il m’a dit que le barrage de Memve’ele dans la vallée du Ntem qui devait produire 216 mégawatts, n’en produit en réalité que 140, et en période d’étiage, moins de 80 mégawatts. Ce qui est très insuffisant pour couvrir les besoins en électricité. En ce qui concerne le barrage de Mekin dans le Dja et Lobo, après sa construction en 2018, lors de l’opération de mise à eau, les turbines ont explosé. Des turbines de seconde main ont été installées et produiraient à terme moins de 05 mégawatts…». Voilà ce qu’a par exemple posté Me Ntimbane Bomo, très actif sur les réseaux sociaux. Mais, est-ce vrai ? Nous avons mené l’enquête au ministère de l’eau et de l’énergie, à Eneo et à la Sonatrel. Ce qu’il se passe Pourquoi le noir ? D’abord, le Cameroun n’ayant pas pendant au moins 25 ans investi dans le secteur de l’énergie électrique, il est question aujourd’hui de rattraper ce retard. Ce qui entraîne de fréquentes coupures. Ainsi par exemple, Eneo a lancé, sous la houlette du ministre de l’eau et de l’énergie, Gaston Eloundou Essomba, un vaste programme de remplacement des poteaux en bois par des poteaux en béton. Il faut dire que ces poteaux en bois sont défectueux, ce qui entraîne souvent leur chutes en,cas de fortes pluies. Rien que dans la zone de Yaoundé et ses environs, il y a plus de 5 mille poteaux à remplacer, selon une source bien introduite au Minee. Les travaux sont en cours. Pour la petite histoire, les poteaux qu’utilisait le Cameroun jusqu’alors étaient récoltés dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Avec la guerre qui y sévit, impossible de se ravitailler. D’où le basculement dans la confection des poteaux en béton. Ainsi, 1,4 million de poteaux sont à remplacer. Pour 2021, le gouvernement table sur 50 mille, avec priorité aux grandes villes. Il y a en outre un programme de renforcement des transformateurs mené par la société nationale du transport de l’énergie électrique (Sonatrel). Elle vient de procéder à l’installation de 6 niveaux transformateurs dans certaines villes du pays. Tout cela implique des travaux de grande envergure, donc des coupures d’énergie électrique. Mais il faut également savoir qu’il y a la multiplication d’un certain nombre d’aléas. Par exemple, les actes de vandalisme. Dans le grand Sud, voilà l’une des principales raisons pour lesquelles les Camerounais broient du noir. Dans un communiqué de presse daté du 25 mars dernier, le directeur général de la Sonatrel a indiqué que la ligne de transport 225 KV Mangobe-Oyomabang a été interrompue suite à l’abattage par les malfaiteurs d’un arbre hors-corridor ayant endommagé un conducteur et un bras de pylône en date du 23 mars 2021 dans le village Nyong, à 37km de Yaoundé ». C’est à la faveur d’une intervention du ministre Eloundou Essomba que les agents de la Sonatrel ont restauré cette ligne le 24 mars. De même, il y a des cas d’incivisme sur les infrastructures électriques qui sont répertoriées. Cela est également cause de coupures. A Eneo, nous apprenons que la société a procédé ces derniers temps au raccordement et à la mise en service des différents ouvrages neufs dont elle vient d’achever la première phase des chantiers d’amélioration de l’alimentation en énergie électrique de Yaoundé nord et Soa. Malheureusement, l’on est face à un problème d’envergure : la demande croit de l’ordre de 7,5% par an. Or, le Cameroun a besoin chaque année de près de 100 MW supplémentaires pour maintenir son équilibre. Et pourtant, les investissements suivent leur cours. Plusieurs centaines de milliards ont été ainsi investis ces dernières années pour améliorer la qualité de service, mais les résultats tardent à tenir la promesse des fleurs. Les barrages font partie des solutions prônées. On en cite une pléthore : Memve’ele, Mekin, Lom Pangar et d’autres qui sont encore en projet. Dans la même mouvance, le gouvernement a récemment aidé Eneo à mobiliser 100 milliards de fcfa pour le développement du sous-secteur électricité. Avance-t-on donc tout au moins vers la réduction des délestages ? On ne peut qu’espérer.

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