[Politique] Vacance du pouvoir : les visages des acteurs de la transition

Pour parvenir à une dévolution pacifique du pouvoir, il faudra faire avec eux. En défrayant la chronique au sujet de l’alternance au sommet de l’Etat, les chefs traditionnels de la région de l’Ouest Charlotte ont remis le couvert à propos d’un sujet qui agite la République tout entière. Alors que certains se sont jetés à bras raccourcis sur leur personne pour avoir appelé à un renouvellement à la tête de l’Etat, ils n’ont fait que mettre en évidence une lapalissade. La vérité est que la transition politique au Cameroun est dans toutes lestâtes, même si on veut faire croire le contraire à Paul Biya. Les gens s’affrontent à ce propos soit directement, soit par réseaux interposés. L’âge avancé du président de la République et son long règne débouchent inéluctablement sur des velléités de pouvoir de la part de ses collaborateurs et d’autres personnalités hors système. C’est la raison pour laquelle des noms sont avancés : Ngoh Ngoh, Chantal Biya, Franck Biya, Maurice Kamto… C’est aussi la raison pour laquelle de nombreux collaborateurs de Paul Biya ont vu leurs rêves de présidence se transformer en prison. En politique, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des intérêts et nombreux parmi ceux qui crient leur amour et leur attachement pour Paul Biya aujourd’hui n’hésiteraient pas à le poignarder si jamais la route d’Etoudi leur semblait soudain accessible. Il est une évidence, c’est que tôt ou tard, l’alternance aura lieu. Même Paul Biya a un jour reconnu qu’il n’est pas éternel. Dans un contexte où le seul dauphin connu est celui constitutionnel (Niât Njifendi), on se demande bien quelle est la trajectoire que prendra la transition pour déboucher sur l’érection d’un nouveau président. S’agira-t-il d’une transition apaisée ou tumultueuse ? Shanda Tonme, qui vient de lancer son parti, a soutenu lors d’une sortie médiatique que la transition sera consensuelle. Avait-il tort ? Beaucoup d’analystes soutiennent que le prochain président de la République sera issu des urnes. Mais il se peut également qu’il soit le fruit d’un consensus que les élections ne viendront que légitimer. La complexité de la scène politique camerounaise fait en sorte qu’il faille tenir compte de nombreux facteurs dans la dévolution du pouvoir, dont le facteur tribal. Après Biya, Biya ? Ou alors comme l’avait soutenu Joseph Owona, le pouvoir doit être rotatif. Alors qtie chacun se prépare, le combat actuel est aussi celui de l’occupation des postes stratégiques qui, le moment venu, pourraient influer sur le choix du prochain homme fort, à moins que lesdits postes ne soient en réalité un boulevard ouvert vers le sommet de l’Etat. Quoi qu’on dise, le Cameroun étant doté d’institutions faibles, ce sont les hommes qui prendront le dessus. Il faudra faire avec eux, pour en arriver à sortir de l’ornière. En voici quelques-uns. Jean Nkuété : il aura son mot à dire C’est un compagnon de longue date du président de la République, l’un des rares que Paul Biya appelle par son prénom. L’homme qui trône au comité central du parti au pouvoir jouit d’un capital confiance bien établi de la part de son chef. En tant que secrétaire général du comité central du Rdpc, il est le numéro deux du parti après le président de la République. En tant que tel, il occupe une position névralgique, pour autant que le parti demeure uni lors du processus de fabrication et d’adoubement du prochain candidat. Son rôle sera d’autant plus déterminant qu’il lui faudra non seulement se battre pour maintenir les rangs serrés, mais encore, il jouera un rôle dans le choix du candidat. Seul défi actuel pour lui, conserver son poste de secrétaire général du parti à l’issue du prochain remaniement. Grégoire Owona : un afficionado du Rdpc Ceux qui le négligent n’ont qu’à bien se tenir. C’est un afficio-nado du parti au pouvoir que l’on connaît sans doute très affable, blagueur et enjolivé. Il n’en est pas moins le secrétaire général adjoint du comité central, seul à ce poste depuis la mort d’Amadjodja Hadjoudji. Il est le numéro trois du parti. C’est un homme qui a la maîtrise des rouages du Rdpc. Il faudra compter sur lui pour la transition. Avec un tel homme qui a pris racine dans le parti avec ou sans son poste en son sein, on entendra parler de lui. Mbombo Njoya : l’outsider du jeu Le sultan des Bamouns est en réalité un outsider. Habitué des déclarations tempétueuses et polémiques à l’endroit de Paul Biya, il est un incontournable de la politique camerounaise, qui jouit d’un crédit certain. On entendra parler de lui tors de la transition. Il est l’une de ces personnes qui se retrouvera autour de la table en cas de négociations. Niât Njifendi : successeur constitutionnel de Paul Biya C’est un incontournable du jeu transitionnel. Certains lui prêtent même des ambitions. Lors des premières sénatoriales, il avait voulu quitter l’assemblée nationale pour le sénat dont il visait sans doute la tête. Il fut recalé par Paul Biya. Avec l’entrée en scène de Niât Njifendi, le poste de dauphin constitutionnel lui a échappé. Mais, l’un des plus vieux députés du Cameroun qui cumule près de trente ans de perchoir n’est pas un poids plume. Il pèsera sur la transition. C’est l’un de ces personnages qui, même en mal de popularité dans son fief, jouit néanmoins d’une capacité de nuisance non-négligeable du fait de son séjour prolongé dans le sérail et les différents réseaux qu’il a pu y forger. C’est l’un des hommes les plus craints du régime. Clément Atangana : pivot du jeu transitionnel C’est le pivot du jeu transitionnel, l’homme qui devra donner l’onction juridique à ce qui se fera. C’est le conseil constitutionnel qui va déclarer la vacance, tout comme il devra veiller au respect de la légalité dans le choix du prochain président. Il a le pouvoir de déclarer un élection invalide ou pas. Ce qui fait de lui l’élément qui ouvre les portes d’une nouvelle présidence. Il est particulièrement attendu au tournant. Beko’o Abondo : et l’armée alors ? Le commandant de la garde présidentielle est un homme très effacé. Très peu de personnes le connaissent, et il semble plus éloigné des scandales que son prédécesseur à ce poste, Nsoé. La vraie question est quelle sera le rôle de l’armée dans la transition. Va-t-elle rester républicaine ? L’armée dans l’histoire du Cameroun a toujours su rester républicaine. Nul doute qu’elle le sera, même si, en cas de troubles (ce qu’on ne souhaite pas), elle devra intervenir. Sauf qu’au sein des différents corps de l’armée, seules la garde présidentielle et la brigade d’intervention rapide (Hir) ont les équipements nécessaires et adéquats.’ Laurent Esso : dauphin putatif de Paul Biya Laurent Esso est un peu pour Paul Biya ce que vaut le sang pour le corps humain. Grand taiseux, l’actuel ministre de la justice, garde des sceaux est calqué sur le modèle du Chef de l’Etat. Fidèle parmi les fidèles du président Paul Biya, cet homme à la carrière politico-administrative irréprochable, est l’un des penseurs du système et donc, est d’un apport considérable pour la conservation du pouvoir pendant 35 ans par le président Paul Biya. Le 04 janvier dernier, il a été maintenu à son poste de ministre d’Etat, ministre de la justice, garde des sceaux, bien qu’ayant perdu les élections dans sa région d’origine (Le Littoral) lors de la présidentielle du 07 octobre dernier. A cette fonction, c’est lui qui est chargé de couper les têtes qui dépassent celles des autres. Philémon Yang le savait : mieux vaut ne pas se frotter au ministre de la justice Laurent Esso. Durant neuf, l’ancien chef du gouvernement, a su se tenir à distance respectueuse des dauphins putatifs du président Paul Biya. On le sait bien. Laurent Esso gère entre autres, la fameuse opération Epervier qui lui a permis de neutraliser certains dauphins en eau trouble du président Paul Biya. Ce, via le tribunal criminel spécial où tous les procès sont téléguidés directement par le président de la République selon certains observateurs. C’est le cas de Mafara Amidou Yaya, ancien secrétaire général de la présidence de la République, emprisonné à vie pour avoir eu l’audace de demander à Paul de prendre sa retraite et Atangana Mebara lui aussi en disgrâce à la prison centrale de Kondengui à cause de l’opération d’assainissement de la fortune publique. Si le président Biya a décidé de faire toute sa carrière avec lui, c’est bien parce qu’il est un vaillant soldat. Laurent Esso a vaqué de postes stratégiques en postes stratégiques. Il sera resté secrétaire général de la présidence pendant six ans. Aussi, il a tenu presque toutes les manettes depuis son arrivée au palais de l’unité en 1988 comme secrétaire général adjoint. Il a été dans les ministères tels que la Justice, de la Santé publique, la défense et les affaires étrangères. Chantal Biya : en pole position après du chef de l’Etat depuis 25 ans, la jeune femme quasiment naïve qui se retrouve auprès du chef dès le 23 avril 1994 en tant que son épouse, a eu le temps de prendre du galon. Hésitante au départ, presque effacée, timorée et timide, Chantal Biya a peu à peu gagné en assurance sous les ors du palais et a appris à maîtriser les méandres du pouvoir pour pouvoir mieux l’influencer. Son rôle dans la vie politique du Cameroun est désormais un acquis. S’il lui est quasiment impossible de se dessiner un destin à la Cristina Kirchner (Grace Mugabe s’est également loupée au Zimbabwe), on sait néanmoins que la première dame a un favori. L’un de ses proches qui, malgré les casseroles, vit une période d’ascension. Il pourrait justement assurer à la native de Dimako la quiétude qu’elle désire tant lorsque son mari ne sera plus là. Mais, malgré sa vieillesse, le vieux loup Paul Biya sait très bien les affrontements qui agitent ses proches résolus à lui succéder. Habitué à prendre les gens de cours, il sait néanmoins qu’il doit tout faire pour laisser sa famille en de bonnes mains car tout mauvais basculement pourrait lui être préjudiciable. Chantal y travaille.

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