[Politique] Persona non grata: Le débat s'instale

Une pétition a été lancée par un député suisse, qui vise à ouvrir la discussion sur la nécessité de continuer d’accueillir Paul Biya. Jamais plus en Suisse un séjour du chef de l’Etat camerounais ne passera inaperçu. Si parfois quelques voix s’étaient interrogées sur l’impact que pouvaient avoir les séjours de Paul Biya sur l’image de ce pays, les événements des derniers jours ont définitivement fait du sujet une question à débat- au sein de la classe politique et de la société suisse. Paul Biya, comme d’autres dictateurs doivent-ils être- déclarés persona non grata sur le territoire helvétique ? C’est l’avis de Sylvain Thevoz, député socialiste qui est à l’origine d’une pétition qui a déjà recueilli plus de 12 000 signatures. Il pense que Paul Biya, qui a passé 37 ans au pouvoir dans un pays écrasé par des crises diverses ne devrait plus venir impunément dépenser de l’argent à Genève alors que l’on meurt de faim au Cameroun. «Il a du sang sur les mains. C’est attesté. Il y a de nombreux rapports qui le disent. (…) ça fait du mal à l’image de Genève. (…) Les Genevois paient pour un dictateur qui vient semer le trouble à Genève », a-t-il déclaré sur le plateau de la Radio Télévision suisse (Rts). Un avis que ne partage pas forcément Laurent Wehrli, conseiller national du Plr (Parti des Libéraux-Radicaux). S’il apprécie la réaction du gouvernement et de la justice suisse à la suite des violences exercées par des gardes du président camerounais sur un journaliste suisse, il pense aussi qu’il faut tenir compte du droit international et du droit d’accueil. «Pourquoi M. Biya et pas d’autres ? » Sur la question du droit international, l’avocat suisse Philippe Currat affirme que «la Suisse est libre d’accepter sur son territoire un étranger ou de lui refuser son entrée. Il poursuit : «Il est absolument important que la Suisse garde sa neutralité et s’abstienne d’intervenir dans la politique interne du Cameroun. On a ici un chef d’Etat qui est présent. La Suisse doit assurer la liberté d’expression de son camp comme du camp opposé. Il y a un équilibre à trouver ». Selon Manon Schick d’Amnesty International, les séjours de Paul Biya à Genève ne sont pas forcément positifs pour l’image de la Suisse. Mais elle pense qu’il serait difficile pour le gouvernement de lui interdire l’accès au territoire suisse. «Il faut chercher un dialogue avec la délégation camerounaise. Maintenir la présence avec une tension pareille, ça ne me paraît pas idéal en ce moment », ajoute-t-elle toutefois.

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