[Politique] MRC à Paris : jeux et enjeux d'un meeting

Annoncé depuis le début de l’année, le meeting du Mrc s’est effectivement tenu le 1er février dernier à Paris. Et a connu un succès assez important. Ce qui n’a pas manqué de susciter moult interrogations quant aux motivations d’une telle mobilisation du parti de Maurice Kamto hors du territoire national. Pour le meeting de Paris, ie moins que l’on puisse dire, c’est que le Mrc a battu le grand rappel des troupes. Ainsi, dès l’annonce de sa tenue, tous les secrétaires de fédérations du parti de Maurice Kamto ont multiplié les réunions et des campagnes de sensibilisation. L’objectif étant de s’assurer d’une présence massive des militants lors du grand raout. Dans cette dynamique, des membres ayant une condition matérielle assez confortable ont proposé offrir le transport, le logis et même la nutrition à ceux qui voulaient faire le déplacement de Paris, mais n’en avait pas les moyens. C’est ainsi qu’ils sont venus non seulement des toutes grandes villes de France et d’Europe, mais aussi de l’Amérique et même de l’Afrique. Le but ultime étant de faire foule. Histoire de démontrer sa capacité de mobilisation et sa puissance politique. RÉCONFORTER ET REMOBILISER LA DIASPORA Une chose qui n’aura pas été bien difficile, si l’on tient compte du fait qu’en Europe, Maurice Kamto est largement en terrain conquis. En effet, si Paul Biya a bel et bien remporté la dernière élection présidentielle dans la diaspora, il faut dire que son score était de 51,97% en Europe. Très loin des 83,85% qu’il a obtenus en Amérique. Tandis que le président du Mrc le suivait avec 30,96%. Ce qui est en lui seul est une véritable prouesse si l’on tient compte des conditions très drastiques de participation des camerounais de l’étranger au scrutin présidentiel. Il faut dire que traditionnellement, la communauté diasporique camerounaise, surtout d’Europe, est très largement hostile aux régimes successifs de Yaoundé. Car contrairement au Sénégal ou encore au Mali qui avait une diaspora de travail, la diaspora camerounaise est originellement révolutionnaire, constituée en majorité de ces camerounais allés étudier et contraints à l’exil du fait de leurs activités contestataires, à l’image de Mongo Beti ou encore d’Abel Eyinga. Ils seront par la suite rejoints par tous les « héritiers » de Moumié, Ouandié et Um Nyobè qui fuyaient les rétorsions du régime d’Ahidjo. Les affres des programmes d’ajustements structurels avec leurs lots d’austérité viendront grossir massivement les rangs de ces exilés, déclassés sociaux qui sont presque tous partis la mort dans l’âme, afin d’échapper à la pauvreté et la précarité. L’expression « partir c’est mourir un peu » n’aura jamais été aussi bien mise. Rien d’étonnant alors que le discours prégnant dans la diaspora camerounaise soit à la criminalisation du régime de Yaoundé, ainsi qu’au souhait de sa destruction. C’est donc tout naturellement que cette diaspora a été un soutien d’une importance particulière et inestimable pour Maurice Kamto lors de la dernière élection présidentielle. Surtout si on tient compte de la variable tribale. Le voyage de celui-ci et surtout le meeting de Paris visait tout d’abord à remercier cette diaspora qui aura contribué massivement pour le financement de la campagne et la prise en charge multiforme des militants et responsables du Mrc durant leur détention. Il s’agissait également rassurer cette diaspora quant à la continuité du combat et surtout de la persistance de la convergence des points de vue voire de la connivence avec le leadership du Mrc. C’est ainsi que Maurice n’a pas voulu mettre à l’index ou à l’écart un quelconque groupuscule de la diaspora, y compris la fameuse BAS. Allant jusqu’à s’en prendre vertement et de manière très peu avenante à un journaliste de la chaine Canal 2 international. Ce qui n’a pas manqué de provoquer l’ire de la société des journalistes de la chaine verte. Dans cette optique, Maurice Kamto a multiplié durant son séjour parisien les diners, agapes et concertations avec les différents « leaders » contestataires de la diaspora, et dont les images qui ont fuité ont laissé voir une réelle entente avec certains acteurs des casses de l’ambassade de Paris. Et l’absence de Boris Bertolt von Siandje et autre Patrice Nganang ne devrait faire illusion. Les rencontres entre Maurice Kamto et cette diaspora visaient entre autres aussi à ressouder leurs rangs. Les derniers mois ont été marqués par une certaine bérézina au sein de ces officines liées au Mrc sur fond d’accusations de détournements de fonds, de trahisons, de harcèlements sexuels et de chantages. Les directs faisaient florès et les révélations étaient pour le moins cocasses et scandaleuses. Avec à la clé le départ fracassants et tonitruants de certains combattants qui pour certains sont devenus de grands et acerbes contempteurs de Maurice Kamto. Il fallait donc que le « Guide » Maurice Kamto remobilise ses « généraux » afin qu’ils resserrent les troupes. RASSURER ET RENCONTRER DES PARTENAIRES ÉTRANGERS Le Mrc a fait du soutien des grandes chancelleries occidentales un axe majeur de sa stratégie de conquête de la magistrature suprême au Cameroun. La mobilisation de Paris visait dans une large mesure à démontrer que Maurice Kamto, en dépit de sa non-participation au double scrutin du 9 février 2020 -ce qui lui ôtera toute représentation institutionnelle et par conséquent toute unité de mesure quantifiable de sa représentativité- demeure le « principal opposant » et par-là la principale alternative à Paul Biya. Le choix de Paris est alors loin d’être anodin, surtout si l’on tient compte du « mythe de Deus ex machina de la France » dont parle Luc Sindjoun, et qui voudrait que le pays d’Emmanuel Macron soit le faiseur de rois au Cameroun, comme dans ses autres anciennes colonies. D’ailleurs, la versatilité et la pusillanimité de Maurice sur des sujets tels que le franc Cfa ou la présence Bolloré sont autant de signes de sa volonté de ne pas se fâcher avec, et de ménager, l’ancienne puissance tutélaire. Avant et surtout après son meeting, Maurice Kamto, à grand renfort de publicité a tenu à mener une intense activité de lobbying auprès des puissances européennes comme le témoigne les images largement diffusées de la rencontre avec Rainer Wieland, vice-président du parlement européen chargé de l’Afrique des Caraïbes et pacifique. Mais, à l’observation de l’absence de tout rendez-vous de haut niveau avec les gouvernants français, tout porte à croire que ce lobbying n’a manifestement pas connu le succès attendu.

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