[Politique] Mayo-Tsanaga : une curieuse annulation des élections régionales !

Alors que tout s’était très bien passé avec une victoire totalement inattendue et quasiment révolutionnaire de l’Undp dans le Mayo-Tsanaga, ce 22 janvier 2021, malgré la grande fête organisée à l’occasion de leur installation, l’ambiance n’était pas à la grande sérénité dans les rangs des 12 délégués régionaux de l’Undp du Mayo-Tsanaga. Il faut dire que quelques jours avant, le 18 janvier, le tribunal administratif, contre toute attente, a annulé l’élection des conseillers régionaux pour la catégorie des délégués de département, qui avait déjà été une très grande surprise à l’époque. L’INCROYABLE DÉFAITE DU RDPC Pour une grande partie de l’opinion publique, c’est la défaite du Pcrn de Cabrai Libii dans ce qui apparaissait comme son bastion du Nyong et Kelle qui était la plus grande surprise des élections régionales du 6 décembre 2020. Alors que le plus retournement de la situation a été observée dans la région de l’extrême nord, notamment dhns le département du Mayo-Tsanaga. En effet, le Rdpc allait à cette élection avec une avance largement confortable de 75 conseillers municipaux par rapport à l’Undp, soit 172 conseillers sur les 269 que compte l’ensemble des communes de ce département. Mieux encore, le parti du flambeau ardent trône à la tête des plus grandes mairies, à l’instar de celle de la ville de Mokolo, qui est la capitale départementale. C’est dire le coup de tonnerre qui a traversé les rangs du Rdpc à l’annonce des résultats au petit matin du 7 décembre 2020. Personne n’en revenait, notamment au sein de l’élite gouvernementale, menée par le ministre de la santé, Manaouda Malachie. Surtout que ça s’est véritablement jouée dans un mouchoir de poche, avec 129 voix pour l’Undp contre 128 pour le Rdpc, soit une différence au finish d’une seule voix ! Cependant, un tour, même rapide des discussions avec les populations, permet de comprendre les ressorts de cette défaite. Si l’on évoque pêle-mêle les problèmes de socioéconomiques, infrastructures et sécuritaires qui auraient conduits au retournement des populations, tout porte à croire que les éléments déterminants ont été d’une part la mauvaise qualité du casting de la liste du Rdpc dans laquelle la vieille élite, incarnée par l’ancien ministre Zacharie Perevet, a été imposée, et d’autre part le dynamisme des nouveaux responsables départementaux de l’Undp dont la jeunesse contraste largement avec la vieillesse de ceux du parti des flammes. Le retournement de plus de 70 conseillers municipaux apparait alors comme une volonté de la base de marquer son désaccord avec le diktat qui a été décrié lors des investitures. LE RDPC PORTE S’EN PREND À ELECAM Mais les caciques et candidats du Rdpc ne l’entendent pas de cette oreille, et estiment que leur défaite est largement due aux disfonctionnements d’Elecam. Drôle de situation, si l’on considère le fait que dans les couloirs des contentieux électoraux, l’on est plutôt accoutumé à voir le parti au pouvoir marcher main dans la main avec l’organe en charge de l’organisation des élections. Dès le 10 décembre 2020, le Rdpc, par la voix du professeur Spiner Yawaga, doyen de la faculté de droit de l’université de Ma-roua, et par ailleurs candidat lors de cette élection, va déposer une requête auprès du tribunal administratif de Maroua. Pour appuyer ses prétentions, il va invoquer l’absence des scrutateurs dans le bureau de vote « B », la présence des bulletins de campagne Undp dans les urnes lors du dépouillement, la corruption des conseillers municipaux Rdpc par leurs adversaires, non-émargement de certains électeurs et la non constatation des irrégularités issues des commissions locales de vote par la commission régionale de supervision des votes. Toutes ces récriminations des candidats du Rdpc seront battues en brèche, tant par Elacam, que l’Undp, représenté par sa tête de liste, Gabaï Flem Ngari, qui avait sollicité avec succès une intervention volontaire dans ce contentieux opposant principalement le Rdpc à Elecam. Car en effet, contrairement à ce qu’affirmaient le Rdpc et ses conseils, il ressort des procès-verbaux de dépouillement des votes que dans les bureaux concernés a été fait en présence des scrutateurs du Rdpc et ceux de l’Undp, notamment messieurs Ousmanou Adamou et Yazida Ibrahim. Mieux encore, les bulletins de vote querellés, a été considérés comme nuis, tant par la commission locale de vote, que la commission régionale de supervision. Plus important encore, dans le bureau de vote où le Rdpc prétend qu’il n’y a pas eu de scrutateurs, il en sort vainqueur avec 45 voix contre 39 pour son adversaire l’Undp. Toute chose qui amène logiquement à conclure que si cette irrégularité avait même été constatée, elle n’a produit aucun avantage au bénéfice de l’Undp. Bien au contraire. Par ailleurs, pour appuyer ses accusations de fraude et de corruption, le Rdpc avait produit des « procès-verbaux » d’audition des conseillers municipaux qui prétendaient avoir repoussé des offres d’argent qui leur avaient faites par les candidats de l’Undp. Mais comme l’a constaté le procureur général près du tribunal administratif de l’Extrême nord, d’une part ces accusations sont uniquement le fait des militants Rdpc et affidés, sans qu’il n’y ait eu d’aveux d’un quelconque responsable de l’Undp, et d’autre part, si tant que ces approches de corruption eut existé, le fait qu’elles auraient été rejeté comme allégué par les concernés, sauve alors la sincérité du scrutin. L’ensemble de ces arguments va justement amener le procureur général à demander le rejet du recours du Rdpc, car jugé infondé au fond. LA PRÉSIDENTE DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF SE SAISIT ULTRA-PÉTITA : LE CAS GALADA DAVID Suite à la production de mémoires en réponse d’Elecam et de l’Undp, les requérants du Rdpc vont dans leur mémoire en réplique introduire une nouvelle demande par le biais d’un nouveau moyen. Chose qu’interdit scrupuleusement la loi qui impose aux parties de s’en tenir scrupuleusement aux termes de leurs demandes initiales durant toutes les évolutions du contentieux électoral, comme on peut aisément le constater à la lecture de la jurisprudence constante en matière électorale, notamment dans les affaires Mrc contre Rdpc et Elecam lors des législative de 2013, ou encore Sdf contre Rdpc et Elecam lors des élections sénatoriales de 2018. En effet, ils vont faire savoir que le sieur Galada David a voté alors qu’il n’avait pas la qualité de conseiller municipal. Une pré- ‘ tention que conteste l’Undp. Ses responsables affirmant que suite au décès de leur candidat Magourah dans la nuit du 2 au 3 janvier 2020, et comme le permet la loi électorale, ils ont procédé à son remplacement par Galada David dès le 07 janvier suivant. Un remplacement qui a été effectivement pris en compte puisque lors des dernières élections régionales Elecam a justement délivré une carte d’électeur régional au concerné, et que son nom fi- . gurait effectivement sur les listes électorales. Ces arguments ne vont pas empechér la présidente du tribunal, Zouleyatou épouse Amazia Abba, de prononcer la nullité des élections, en s’appuyant sur ce dernier argument du Rdpc, au prétexte qu’Elecam n’a pas produit de liste de conseiller municipaux dans laquelle figure le nom de Galada David. Or, il se trouve qu’Elecam était dans l’incapacité de le faire pour deux raisons au moins. D’un la production des listes des conseillers municipaux relèvent de la compétence du ministère de la décentralisation, et de deux le moyen portant sur la qualité d’électeur de Galada David n’était pas inclue dans la requête initiale du Rdpc, ce qui mettait les autres parties dans l’incapacité de préparer de manière idoine leur défense. UNE ANNULATION QUI RISQUE DE CRÉER DES TENSIONS C’est donc tout naturellement que la décision d’annulation des élections régionales dans le Mayo-Tsanaga a du mal à passer. Et le 22 janvier 2021, lors de l’installation officielle de l’exécutif régional, de centaines de jeunes, ont donné de la voix pour marquer leur courroux. Il aura fallu toute la diplomatie des responsables de l’Undp pour que les choses ne basculent. Le calme étant maintenu par un espoir de voir la décision du tribunal administratif de Maroua être retoquée en appel par la chambre administrative de la cour suprême dans les semaines à venir.

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