[Politique] Maurice Kamto : Le légaliste à nuances

Le président du Mrc, qui se met régulièrement hors la loi ces derniers temps, est pourtant supposé connaître celle-ci mieux que quiconque. Il fut même un temps où il défendait l’actuel chef de l’Etat avec un savoir-faire éclatant, quoique parfois… surprenant. Tout le talent de cet homme est bien résumé dans cette formidable pépite proférée avec une gravité de bon ton du temps où, affectant d’être un légaliste pur et dur, il défendait alors la victoire de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2004 “L’élection présidentielle du 11 octobre 2004. On en connaît le vainqueur, exit donc, la bataille des chiffres. Car pour ceux qui sont attachés à la L’EGALITE REPUBLICAINE, les décisions de cette auguste juridiction sont comme des dogmes. Non pas qu’on y puisse déceler parfois quelques acories, mais notre système juridique pose pour principe immuable, qu’en disant le droit, la haute juridiction, telle le Pope, est HABITEE PAR LA GRACE D’INFAILLIBILITE C’est pourquoi, elle parle novariétur, une fois pour toutes. Et ce qu’elle ARRETE ET PROCLAME EST SANS RECOURS.» Avec le recul du temps, cette déclaration du « tireur de penalty” électoral est particulièrement intéressante. Ce n’est même pas parce qu’elle pose le problème fondamental de la capacité de certains personnages à retourner leur veste et d’opérer des virages à « 360°, passant dans le cas d’espèce d’un soutien de lèche-bottes sans vergogne au président de la République à une haine sans complexe affichée contre lui, des années plus tard : on pourra toujours justifier cette métamorphose en se disant qu’une ambition dévorante permet de virer aussi brutalement sa cuti. Il faut ce qu’il faut, n’est-ce pas? Non. L’intérêt de cette position de “Monsieur Maurice” est dans les détails du texte, révélateurs peut-être d’une personnalité qui n’a pas encore livré tous ses contours. Allons-y, point par point ! Décryptage « L’élection présidentielle d’octobre 2004, on en connaît le vainqueur, exit donc la bataille des chiffres ». On ne peut pas être plus légaliste. Alors comment se fait-il que le même individu, dans des circonstances exactement comparables en 2018, ait si allègrement foulé aux pieds cette idée de bon sens, pour s’être autoproclamé “président élu”, contre toute évidence et avant même que les chiffres du scrutin, qu’il évoquait dans son ancienne vie de thuriféraire, ne soient connus? Et puis, n’est-ce pas lui qui a engagé une pénible “bataille des chiffres”, avec l’appui de ses bruyants et inélégants soutiens, dans les médias à sa botte et, comble, devant la Cour constitutionnelle ? Difficile de croire qu’il s’agit du même individu, même considéré à des années d’écart « Car pour ceux qui sont attachés à la LEGALITE REPUBLICAINE les décisions de cette auguste juridiction sont comme des dogmes”. Bizarre comme argument franchement même à l’époque! En effet les décisions de la Cour constitutionnelle ne sauraient en aucun cas constituer des “dogmes” uniquement pour “ceux qui sont attachés » etc., mais sont bien supposées s’imposer à tout le monde, sans distinction ni restriction. Il est pénible de rappeler à un juriste de son rang ce précepte pourtant basique. D’un autre côté, pourquoi parler de “dogmes” là il suffirait d’évoquer la loi ! Un dogme est grosso modo, une vérité doctrinale de foi qu’impose la hiérarchie de l’Eglise aux fidèles, faute de pouvoir l’étayer avec des arguments logiques ou même simplement compréhensibles. Alors que vient faire la notion de dogme ici ? La Cour constitutionnelle n’émet pas de diktat ex-cathedra, elle dit le droit en tenant compte des éléments mis à sa disposition par l’organe chargé de l’organisation des élections, et cela après avoir examiné l’ensemble de ces données, c’est tout ! M. Kamto aurait donc dû éviter d’introduire des accents religieux là où ce n’était ni nécessaire, ni logique ! “Non pas qu’on y puisse déceler parfois quelques acories”. Là on tombe un peu des nues : en français normal, cette phrase ne veut strictement rien dire ! Pour qu’elle ait un quelconque sens, son auteur aurait dû utiliser la forme négative (“non pas qu’on n’y puisse déceler” etc.). Sinon c’est un baragouin de prétoire, un effet de manches tout à fait ridicule. Et même, pourquoi “acories »! Totalement incongru ici ! Au bénéfice du doute on veut bien croire que cet immense intellectuel (comme on dit) a pensé à “apories”, une aporie étant bien entendu la contradiction logique contenue dans une proposition, en épistémologie, tandis qu’une acorie est une simple maladie de l’œil! Les mots se suivent, se ressemblent parfois mais ne signifient pas toujours la même chose, mieux vaut le savoir ! “Mais notre système juridique pose pour principe immuable, qu’en disant le droit, la haute juridiction, telle le Pape, est HABITÉ PAR LA GRÂCE D’INFAILLIBILITE C’est pourquoi elle parle no variétur (sic), une fois pour toutes”. Pas gravissime qu’il n’ait pas cru bon d’écrire “HABITÉE »: la grammaire française n’est pas si facile! Mais voilà qu’on retombe dans la même confusion que précédemment : l’infaillibilité papale est un dogme, passablement récent par ailleurs, de l’Eglise catholique romaine. Cela n’a rien à voir avec “dire le droit”, puis qu’aussi bien tout le système juridique, justement, en témoigne, en prévoyant des débats contradictoires et autres plaidoiries durant les audiences. Encore une fois, que viennent chercher les dogmes ici, à moins que dans son subconscient le champion du Mrc ne rêve secrètement d’un système vraiment totalitaire, comme certains talibans chez lesquels il ya des choses qui “sont dites une fois pour toutes”! Et la démocratie dans tout ça? Et il a même encore “gâté sa sauce », avec ce latin de cuisine dont il s’est cru obligé de truffer sa déclaration. C’est très pompeux, à la limite de la pédanterie. Mais surtout, ce n’est même pas du latin. Ceux qui ont fait les humanités classiques parlent de « ne varietur « , par conséquent « no variétur » (avec l’accent !) est une hérésie, pour reprendre le lexique religieux dans lequel l’auteur s’est complu! “ET CE QU’ELLE ARRÊTE ET PROCLAME, EST SANS RECOURS Quand on se rappelle le cirque de M. Kamto et de son “avocatier” devant la Cour constitutionnelle il y a deux ans, et sa posture jusqu’à ce jour, on peut s’interroger! “Monsieur Maurice” est peut-être le brillant sujet que ses zélotes prétendent Mais à trop parler, hier et aujourd’hui, il oblige malheureusement les gens à examiner de près son protéiforme personnage. L’histoire retient tout Le résultat est peu reluisant.

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