[Politique] Maurice Kamto : L'incohérence du discours

Le cursus scolaire et académique de Maurice Kamto est brillant. De sa naissance le 15 Février 1954 à Bafoussam à son agrégation des universités françaises en 1988, la trajectoire est claire mais le discours politique est venu porter quelques teintes sombres à cette clarté. Le discours politique de Maurice Kamto est comme une route sinueuse et tordue où des surprises attendent les usagers. Un discours qui ne donne pas une visibilité sur la stratégie du leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun(Mrc). Pendant près de 10 ans au début des années 2000, Maurice Kamto a côtoyé les arcanes du pouvoir, vantant les qualités d’humanisme et d’homme d’État du Président Paul Biya. Membre de la commission mixte Cameroun-Nigeria pour la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour Internationale de Justice du 10 octobre 2002, ministre délégué auprès du ministre de la Justice (2004-2011), Maurice Kamto contre toute attente démissionne du gouvernement le 30 novembre 2011 alors que le Président Paul Biya réélu le 9 octobre 2011 était encore dans les tractations pour la formation d’un nouveau gouvernement. Pour justifier son acte, Maurice Kamto dira qu’il l’a fait par loyalisme alors que d’autres diront que mis au courant de son limogeage il a préféré prendre les devants. Son parti politique le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun(Mrc) créé quelques temps après sa démission participe aux élections législatives et municipales de 2013. Ces élections sont organisées sur la base du code électoral en vigueur: le leader du Mrc n’y voit aucun inconvénient et ne relève aucune anomalie. Sur la base du même code électoral it se présente à l’élection pré-sidantielle d’octobre 2018. Au terme d’une cw’jtgne menée avec beaucoup de bruits il est 2ème avec 14,23% des voix. Avant la procuration officielle des résultats de la présidentielle, Maurice Kamto se lance dans des discours aussi incompréhensibles qu’incohérents les uns que les autres. L’après présidentielle L’élection présidentielle s’est déroulée le 7 octobre 2018. 24 heures après au cours d’une conférence de presse Maurice Kamto se lâche: »J’ai.reçu mission de tirer le penalty historique. Je l’ai tiré, le but a été marqué”. Il ira plus loin: ‘J’ai reçu du peuple un mandat clair que j’entends défendre jusqu’au bout. J’invite le président de la République sortant à organiser les conditions d’une transition pacifique ». C’est la surprise. Comment dans un pays aussi enclavé que le Cameroun peut-on disposer des résultats dès la fin des opérations ? La surprise sera totale lorsqu’ à l’ouverture des audiences au Conseil Constitutionnel le 16 octobre 2018 portant sur l’examen des recours on constate que le Mrc dont le candidat affirme avoir gagné a déposé des recours en annulation du scrutin. Le discours prononcé par Maurice Kamto laisse perplexe quant à la crédibilité de ses arguments l’Honorables membres du Conseil Constitutionnel ; mes conseils vous ont exposé munis des preuves irréfutables les raisons pour lesquelles l’élection présidentielle du 7 octobre dernier doit être annulée notamment dans les régions de l’Adamaoua, de l’Est, de l’Extrême-Nord, du Nord, du Nord-Ouest, du Sud, du Sud-Ouest ainsi que dans certaines autres localités ». Demander l’annulation d’une élection qu’on dit avoir gagné : on y perd son latin. Après la publication officielle des résultats de la présidentielle, Maurice Kamto arrivé 2ème dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux en rajoute à une situation déjà très embrouillée. Contestant les résultats il lance : « Je propose la création d’une commission indépendante acceptée par les parties qui sera chargée du recomptage des votes bureaux de vote par bureaux de vote. Je m’engage solennellement à respecter les conclusions de cette instance même si elles me sont défavorables ». Demander l’annulation d’une élection ensuite demander le recomptage des votes de cette même élection!! Tout simplement abracadabrantesque. Législatives, régionales et covid-19 Le chapitre de la présidentielle tourné, le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun enfourche un autre cheval de bataille. Les élections législatives et municipales pointent à l’horizon. Alors que les autres partis politiques peaufinent leurs listes et leurs stratégies, Maurice Kamto dans un discours à la presse le 25 novembre 2019 annonce que le Mrc ne participera pas aux élections prévues le 9 Février 2020. « Le Mrc appelle les Camerounais à ne pas aller voter et à rester chez eux le 9 février 2020 afin de ne pas cautionner des élections qui ne rameront pas la paix dans notre pays ». Les analystes sympathisants du Mrc expliqueront cette « décision politique grave » en arguant que le parti reste fidèle à lui-même au regard de l’actualité et de la situation générale du pays. Fidélité à l’idée qu’organiser les élections locales au Cameroun sans avoir rétabli la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest c’est délivrer un message selon lequel ces populations ne sont pas camerounaises et consacrer la partition de fait du pays ». En plus de ce constat le leader du Mrc souhaite un code électoral consensuel. Curieux discours pour quelqu’un dont le parti a pris part aux élections législatives et municipales de 2013 alors que la situation était mouvementée dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest avec le code électoral en vigueur et qui a remporté un siège de député et quelques conseillers municipaux. Curieux discours pour un leader qui a été candidat quelques mois plus tôt à l’élection présidentielle dans le même contexte d’agitation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’attitude « va-t-en-guerre de Maurice Kamto se retrouve le 24 août 202, parlant des élections régionales annoncées: » J’annonce que toute convocation du corps électoral par le gouvernement illégal et illégitime de Yaoundé avant la prise en compte et une mise en application effective des deux exigences rappelées ci-dessus emporteront automatiquement le lancement d’une gigantesque campagne nationale d’appel au départ pur et simple de M Paul Biya du pouvoir sans qu’il y ait besoin d’attendre une nouvelle communication à cet égard ». La curiosité de cette annonce est contenue dans les qualificatifs utilisés contre le pouvoir en place: « gouvernement illégal et illégitime », alors que quelques mois plus tôt réagissant sur l’attitude du Président Paul Biya face au Coronavirus, Maurice Kamto déclarait avoir déclenché une procédure pour que le Conseil Constitutionnel constate la vacance du pouvoir: »Face à la situation politique inédite dans laquelle notre pays se trouve caractérisée par l’absence prolongée et inexpliquée du chef de l’Etat en fonction j’ai décidé d’agir ». Reconnaître la légitimité du chef de l’Etat et quelques mois après traiter son gouvernement d’illégal et d’illégitime, contester la légalité du Conseil constitutionnel au lendemain de la présidentielle et vouloir s’appuyer sur elle quelques mois plus tard pour une action: ça s’appelle l’incohérence dans le discours.

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