[Politique] ‹‹ les chefs traditionnels sont les serviteurs de l'État ››

SHANDA TONME, membre du Laakam Membre fondateur de l’association des dignitaires traditionnels de la région de l’Ouest, il s’exprime au sujet de la guéguerre qui oppose certains chefs traditionnels aux autorités administratives de la région des Grassfields. Une guéguerre opposant certains dignitaires traditionnels à certaines autorités administratives de ia région de l’Ouest a obligé le Minât à faire une sortie musclée. Quel est le fond de l’affaire? Il me plait de commencer par ce petit rappel : les rois sont des rois parce qu’ils sont reconnus et protèges par leur peuple. Ils sont aussi rois parce qu’ils sont autorisés et légalisés par le pouvoir d’Etat. La chefferie n’implique pas seulement l’Ouest, il en existe dans toutes les régions du Cameroun. S’agissant de ce que vous qualifiez de guéguerre, le roi Sokoudjou est connu pour ses élans d’indépendance, de liberté de pensée et de liberté un peu trop avancée voire excessive par moments. Depuis un temps, il prend la parole de façon inattendue, exprimant des positions qui s’apparentent à la démarche d’un chef de l’opposition politique. C’est un trait de caractère constant, mais dans le contexte actuel, cela pose problème, surtout que le sentiment ou l’impression c’est qu’il y a là une volonté ouverte d’attaque frontale contre le Chef de l’Etat, contre les institutions, contre Je gouvernement. Le représentant de l’Etat en tant que garant de l’ordre public, de la sécurité des personnes et des biens, a jugé la démarche du roi s’apparente à une transgression des prérogatives d’un dignitaire traditionnel. C’est dans ce contexte qu’il a estimé nécessaire de lui adresser une Correspondance dans les termes dont je m’interdis tout jugement brutal. En tant que membre fondateur de Laakam, quelle est la place des autorités traditionnelles vis-à-vis des autorités administratives ? Parlons en général de la place, du rôle et du statut de la chefferie traditionnelle dans notre système de gouvernance et dans notre existentiel politico-administratif. Il y a certainement un problème résultant de la coexistence de deux socles de valeurs et de références. L’intégration voire l’implication active de la chefferie traditionnelle dans le processus de gouvernance politique, a banalisé, subordonné, amenuisé et relativisé gravement le pouvoir, le prestige et le commandement traditionnel. Je pense que ceux qui s’expriment sur cette affaire, n’ont pas tous perçu le problème dans sa substance absolue. Nous sommes en présence d’un rappel fort, de ce que le commandement traditionnel est une pure tolérance, il n’existe ou ne continue d’exister, que pour autant qu’il est conforme aux exigences ou aux conditionna-lités du pouvoir d’Etat. La chefferie traditionnelle est un auxiliaire et un serviteur de l’Etat dont ne saurait contester, défier, ou renier l’autorité sans courir le risque d’une annihilation pure et simple, ou à défaut d’une réclusion au silence. Quelle est la position de Laakam dans cette affaire et pourquoi le Laakam n’a t-elle pas fait de sortie ? Je rappelle que Laakam est une association régulièrement constituée selon la loi du 19 décembre 1990 qui régit les associations, avec un cahier de charges, strictement encadrés. Il n’est un parti politique, ni un instrument de politique, ni une organisation secrète, ni un outil de construction des fractures sociales et encore moins une machine de défiance du pouvoir d’Etat ou de contestation des institutions. Concrètement, il n’y a pas de Laakam si les chefs n’existent pas. En tant qu’Association, il ne rentre pas dans l’ordre des choses et des actions, de réagir de façon intempestive face aux situations qui se présentent. En tant qu’individu, membre de la communauté, chacun peut émettre ses opinions, mais de là à entraîner l’association, c’est proscrit. Le Roi s’est exprimé à sa manière. C’est sa responsabilité, et il est suffisamment avisé, pour évaluer les conséquences, les implications de cette démarche. Des gens qui pondent des tracts aujourd’hui au nom du Laakam veulent noyer la communauté Bamiléké, la pousser encore dans des positions de particularisme pour en faire un bouc émissaire.

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