[Politique] Ernesto Yene, écrivain : << Ce grand dialogue national est mort-né !>>

« Les représentants que consulte le Premier ministre sont quasi-exclusivement constitués des membres du RDPC. Cette démarche ne devrait surprendre que les naïfs ! Il apparaît que le RDPC voudrait se servir d’une cause nationale pour constituer un argumentaire propre à son parti. Cette consultation qui va au-delà des élus de ce parti, a aussi fait la part belle à ses alliés et amis. De mémoire, depuis 3 ans, au début de la crise, le RDPC n’a vraiment pas battu le rappel des troupes pour se pencher sur la crise anglophone. Lui qui dans sa majorité obèse à l’Assemblée nationale et au Sénat, s’est refusé le devoir de mettre cette question en débat pendant que dans le même temps ses « griots » en mission dans les plateaux télé/radio ont fustigé l’attitude de l’union Européenne, du parlement Allemand, de l’ONU qui ont mis cette question en débàt. Il est plus question ici de démontrer que ce n’est pas un dialogue obtenu, mais donné par le président de la république. On risque d’assister à une sorte de congrès extraordinaire du RDPC. Ce grand dialogue national est mort-né ! Il est en tout point en train de se transformer en un « congrès extraordinaire multi-acteurs du RDPC ».. De l’aveu même de certains membres de ce parti, on met en avant des élites qui sont même la cause d’une certaine crise de gouvernance. Certains ministres ont été aperçus dans trois groupes de consultation différents. Pire encore, les délégations régionales ont fait la part belle à l’élite politico-administrative du RDPC. Il est difficile d’attendre un DIALOGUE de la part d’un régime qui a l’habitude de SOLLILOQUER. D’autres sujets se greffent à ce dialogue national en dehors de la crise anglophone. Si ce dialogue est voulu national, il n’est pas étonnant et mal venu que d’autres sujets touchant à l’intérêt général s’y greffent. C’est le contraire qui serait embarrassant pour la logique et la raison, sauf qu’au Cameroun, la norme est toujours écartée. On ne peut pas nier le fait que le climat socio-politique actuel est encore em-preintd’un conflit post électoral qui n’est pas encore vidé. Le second à l’élection présidentielle est encore emprisonné avec plus d’une centaine de ces membres et alliés sans jugement et parfois dans des procédures juridiques qui suscitent interrogations et commentaires. D’autres personnes déportées de la zone anglophone pour Yaoundé sont pour certaines emprisonnées depuis 3 ans et attendent encore soient d’être jugées ou relaxées. Il va s’en dire que, éluder la question de la forme de l’Etat et la situation des personnes incarcérées ne contribuera pas à décrisper l’atmosphère. Plus important aussi, le code électoral conflictogène semble pour plusieurs un impératif à résoudre dans le cadre d’une prévention de conflit futur. Les problèmes des autres régions peuvent être confondus à la crise anglophone. A en juger par la composition des délégations régionales lors de ces concertations, il n’est pas surprenant que chaque région tire la couverture de son côté. La confusion entre la crise anglophone et les préoccupations régionales semble impossible en raison du fas que la crise anglophone a mis en exergue la cohabitation de deux systèmes et de deux cultures rendue difficile par un régime incompétent. Au-delà du délabrement socio-infra-structurel que présentent les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest comme les autres, il y a la « francophonisation » des us et coutumes juridico-administratives et sociales de ces parties qui ont couvé depuis 1961. Le fait que cette crise ait pu porter la question de la forme ou nature juridico-administrative de l’Etat mérite un traitement particulier. Les querelles de listes non assez représentatives, la non-participation du MRC au dialogue, les groupes armés qui eux non plus ne participeront pas, la pléthore d’objets, ne permettent pas de ressortir quelque chose de concret à l’issue de ce dialogue national à venir. Le doute et le pessimisme sont largement permis quant à l’issue de ce grand dialogue national pour plusieurs raisons notamment : le choix exclusif de la méthode, format et l’agenda de ce dialogue par le président de la république, l’absence d’une médiation neutre (Africaine) et l’implication effective de la société civile au cœur du dispositif, l’absence d’un cessez-le-feu dans les régions du Nord-ouest et du sud-ouest, l’absence de garantie solide quant à la mise et le suivi des mesures déci-dées. ll ne faudrait pas oublier que les plaies de la tripartite sont encore béantes. 28 ans après, des mesures phares ont été bottées en touche : limitation des mandats présidentielles, déclaration des biens, décentralisation. Il est aisé de comprendre que déjà à l’époque, le régime avait « écouté » ces mesures au point de les consigner dans une constitution dite de 1996 qui, aujourd’hui dans la pratique, semble n’avoir pas été « acceptée » par eux-mêmes. Le choix d’une gouvernance « par embuscade » ou des « cauris » sonne comme une invitation à chaque corps social de démontrer une capacité de nuisance ».

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