[Politique] Discours de politique générale : quand le PM Dion Ngute bégaie

Le chef du gouvernement, devant les parlementaires, a de nouveau aligné un catalogue de bonnes intentions, allant parfois jusqu’à oublier ce qu’il a promis voici un an. Le discours’ portant sur le programme économique, financier, social et culturel du gouvernement pour l’exercice 2021, prononcé mercredi dernier par le Premier ministre devant l’Assemblée nationale, doit avoir laissé un arrière-goût âcre chez beaucoup. Pendant plus d’une heure, Joseph Dion Ngute a présenté aux députés un état des lieux qui, à défaut d’être resplendissant, laisse croire que le Cameroun est bien engagé sur la voie du développement. Selon le chef du gouvernement, la croissance économique du pays devrait s’établir à -2,6% en 2020, contre 3,7% en 2019 pour rebondir à 3,3% en 2021, sous l’hypothèse d’une reprise progressive de l’activité économique. Dans le secteur non pétrolier en particulier, a-t-il déclaré, la croissance devrait se situer à 3,4% en 2021. Elle devrait, dans le même temps, connaitre une légère croissance de 1% dans le secteur pétrolier. Evoquant les prix, il table sur une inflation stable à 2,5% entre 2020 et 2021, le cours mondial du baril de pétrole devant remonter légèrement à 43,8 dollars en 2021, contre 41 dollars pendant l’année qui s’achève. En ce qui concerne le déficit budgétaire projeté, il repose sur une hypothèse de 2,8% du produit intérieur brut (PIB), le situant en deçà du critère de convergence communautaire de 3%. Ainsi, le budget de l’Etat pour l’exercice 2021 s’équilibre en ressources et en emplois à la somme de 4.865.200 milliards de ‘francs, 4.670 milliards de francs étant alloués au budget général et 195.200 milliards de francs pour les comptes d’affection spéciale. Ce que Joseph Dion Ngute n’a pas expliqué, c’est comment le gouvernement entend tenir les défis de la réalisation budgétaire. Il a, sans doute un simple oubli, omis de rappeler que le 3 juin, une ordonnance du président de la République a modifié et complété certaines dispositions de la Loi de finances en cours d’exécution. Cet acte a consacré la baisse du budget de l’Etat, qui est passé de 4951,7 milliards à 4409 milliards, représentant une diminution de 542,7 milliards pour un taux de variation de 11%. Insécurités On rappelle qu’à ce jour, le pays n’a pas relevé le grand challenge que constitue la très budgétivore pandémie du coronavirus. En effet, bien que le taux de contamination soir jusqu’ici considéré comme «acceptable», personne, y compris les milieux scientifiques, n’est aujourd’hui à mesure d’indiquer la courbe que pourra observer le coronavirus dans les mois à venir. A ceci, s’ajoute le lourd fardeau de l’insécurité grandissante, du fait de la guerre sécessionniste dans les régions anglophones du Nord.-Ouest et du Sud-Ouest. Sans oublier la lutte contre la secte islamiste Boko Haram dans l’Extrême-Nord, ou encore la lourde charge que constitue la prise en charge des réfugiés à l’Est frontalière avec la République centrafricaine. C’est dire si on navigue en plein brouillard financier. On aura fini lorsqu’on rappellera que le niveau d’endettement s’avère chaque jour exponentiel. A fin septembre 2020, et selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), son encours a été porté à 10.164 milliards de francs représentant 45,8% du PIB. A titre de comparaison, cette enveloppe s’élevait à 8.826 milliards de francs à fin avril, soit 38,6% du PIB. Au rang des grandes annonces premier-ministérielles, figure le reversement au Trésor public de la somme de 6.533.577.467 francs représentant le recouvrement des fruits de la répression contre la corruption. Joseph Dion Ngute aurait été plus pertinent s’il avait comparé ce chiffre avec i’impact financier réel des crimes économiques, estimé par les pouvoirs publics. S’agissant de l’outil de production de la Société nationale de raffinage (Sonara), victime d’un incendie l’ayant littéralement ravagé le 31 mai 2019, le PM a, vaguement, indiqué que îs président Paul Biya avait instruit le gouvernement de mener une réflexion sur la réhabilitation et la modernisation de l’unité. À l’en croire, les premières évaluations des cabinets d’études situent le coût des réhabilitations autour de 250 milliards de francs. Quant à l’enquête ordonnée par le chef de l’Etat, en vue de déterminer les circonstances du sinistre et ses implications financières, c’est encore le grand mystère. À croire que le système de Yaoundé tient à ne point dévoiler des informations compromettantes… Tout aussi vaguement, le chef du gouvernement en indiqué que des négociations étaient engagées, avec plusieurs partenaires techniques et financiers, tout devant être mis en œuvre pour le démarrage des travaux de réhabilitation ainsi que l’augmentation de ses capacités de stockage. Dans son ronronnement, Joseph Dion Ngute a passé le plus clair de son discours à ressasser les réalisations parfois parmi les plus ridicules, du gouvernement en matière de sécurité ou encore d’infrastructures de base. CAN amère C’est dans ce cadre qu’il en est venu à évoquer les travaux de construction de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, dont «les travaux de la Section « rase campagne” se poursuivent avec un niveau d’avancement de 90%. Pour les travaux en section urbaine, il faudra sans doute faire le deuil de ladite infrastructure, prévue pour éblouir les hôtes du Cameroun lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football préalablement prévue en 2019. Si, en 2019 et pariant du secteur des sports et de l’éducation physique, le PM déclarait que «les efforts du gouvernement seront prioritairement orientés vers le parachèvement et la livraison de toutes les infrastructures sportives, routières, hôtelières, hospitalières, de télécommunicatir.;; ei de transport prévues dans le cahier de charges de la CAF pour 53 garantir la pleine réussie de l’organisation de la CAN Total 2019», cette fois il a rapidement rétropé-dalé. Cette fois, l’on retient que «les préparatifs du Championnat d’Afrique des nations de football, CHAN Total Cameroun 2021, ainsi que ceux de la Coupe d’Afrique des nations de football, CAN Total Cameroun 2022, se poursuivent sereinement». Il en est de même du très élastique Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé et ses environs (Paepys) à partir du fleuve Sanaga, lancé en 2017 et dont la fin continue de se conjuguer au futur simple. S’agissant de la squelettique Cameroon Airlines Corporation, en novembre 2019, M. Dioh Ngute annonçait «la poursuite de la mise en oeuvre (de son) plan de relance». Un an plus loin, il parle de «la poursuite de la mise en œuvre du plan de restructuration». En somme, Joseph Dion Ngute, comme l’an dernier et comme ses prédécesseurs, a aligné les promesses qui, c’est connu, n’engagent que ceux qui y croient. Il ne faudrait pas pour autant prévoir le moindre séisme, au Parlement face à cette avalanche de bonnes intentions. À [’Assemblée comme au Sénat, où la Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) et ses alliés régnent en maîtres, personne ne risque de le contrarier avec des questions qui fâchent.

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