[Politique] Célestin Bedzigui : “ Kamto n'est pas un pestiféré ”

Le président national du Pal, premier adjoint au maire de Monatélé, revient sur le don de matériel anti Covid-19 qu’il a obtenu de Survie Cameroon Survival Initiative et qui a été interdit par le préfet. Vous avez obtenu un don de l’association Survie Cameroon Survival Initiative (Scsi) qui a été interdit par le préfet, racontez… Le constat de l’absence d’une stratégie élaborée face aux effets de la pandémie du Covid-19 au niveau de l’exécutif municipal de Monatele est devenu ma préoccupation majeure ces dernières semaines. J’ai finalement réalisé qu’il y avait un déficit de capacité managériale manifesté par une gestion au jour le jour et au lance-pierre des responsabilités de la commune, incapacité constatée aussi sur la réticence voire le refus du maire à tenir ne serait-ce qu’un comité hebdomadaire ou même mensuel du Conseil Exécutif de la commune qui de ce fait ne s’est jamais réuni depuis sa prise de service. Face à cet indice d’incompétence, j’ai pris l’initiative d’engager des démarches auprès de différentes organisations et structures pour mobiliser les ressources et obtenir du matériel antiCovid-19 en faveur de nos populations. J’ai saisi outre les contacts que j’ai au ministère de la Santé, plusieurs associations. La plupart ont réagi positivement et certaines m’ont même remis des dons qui sont déposés chez moi. Scsi a été la dernière association consultée et a donné une suite favorable à notre demande. Curieusement, c’est l’annonce de cette promesse de don de cette organisation dont le président, Christian Penda Ekoka, est une vieille connaissance, qui est aujourd’hui la cause de l’émoi hystérique qui s’est emparé de l’esprit de certains, comme si le fait d’avoir recherché des masques de protection pour les populations était une atteinte à la sûreté du département de la Lekie, au point d’emmener le préfet à prendre une réglementation d’exception, cas unique au Cameroun, pour la distribution des masques aux populations, alors qu’il y a un manque criard de ce matériel sur le terrain, comme si ces masques étaient des fusils kalachnikov ou des drogues mortelles. Imaginez donc pourquoi: c’est que certains ont mis sur ces masques encore annoncés mais non encore réceptionnés un nom: Kamto. Je n’ai absolument aucun contact avec ce dernier. Et je ne m’intéresse qu’à Scsi et à ses masques. Pour moi, un masque sur un visage, c’est un Camerounais protégé. Pour le préfet et les ordonnateurs de son acte inique, un masque de Scsi sur un visage, c’est un coup d’état en préparation… Ne sommes-nous pas là en pleine démence? On a vu des gens de la Lékié même s’insurger contre la réception de ces dons… La vérité est que dans toute sa laideur, pour certaines » élites » et les commanditaires de l’acte scélérat pris par l’administration, aujourd’hui dans la Lekie, le nom de Kamto ou tout ce que chacun peut y rattacher semble être la clé pour ouvrir la boite de Pandore de l’attribution de poste ministériel, le maintien au gouvernement ou de tout autre position de privilèges. C’est ce que pensent tous ces charognards et autres ambitieux carriéristes sans envergure. Ils sont prêts à sacrifier les populations par une nuisance extrême comme celle de les priver de masques anti-Covid-19. Dans une République exemplaire, ces gens devraient être poursuivis pour non-assistance à personne en danger, ou même pour crime contre l’humanité. La Lékié semble donc auto-suffisante, en matière d’outils anti Covid-19 ? Bien au contraire. C’est la sécheresse quasi totale. Il y a quelques semaines, des gens du Rdpc sont venus à la maison du parti Rdpc distribuer quelques masques. On a vu les gens avec pour un ou deux villages, une douzaine de masques exclusivement distribués aux militants du Rdpc. Aucune des 40% des personnes du Pal ou sympathisants du Pal n’a absolument rien reçu. C’est là qu’il faut comprendre la raison pour laquelle le Président du Pal que je suis a dû se déployer pour obtenir des dons destinés, non pas seulement à mes militants, mais à toutes les populations quasi abandonnées à ce jour du fait de la modicité des moyens et matériels mobilisés. Cette situation augure une cohabitation difficile avec l’exécutif municipal dont vous êtes un membre du conseil… Je suis président national du Pal. C’est en cette qualité là que 40% des électeurs de Monatele se sont mobilisés pour me faire élire premier adjoint au maire. M. Mbassi Bessala, maire, est du Rdpc. Nous sommes dans une situation de cohabitation politique qu’il doit apprendre à comprendre. Je sais que c’est dur à comprendre pour quelqu’un du Rdpc. Entre lui et moi il y a une relation de collaboration qui ne saurait en aucune manière être prise par lui comme une relation de subordination… En plus, en tant président du Pal et premier adjoint au maire, j’ai sollicité les dons de plusieurs organisations dont Scsi parmi d’autres et non à Kamto. Comme je l’ai dit plus haut, je les destine à ceux de mes militants et sympathisants du Pal qui eux n’ont rien reçu des dons remis par les élites du Rdpc. Je tiens ma casquette de premier adjoint au maire de ma qualité de Président du Pal dont les membres et sympathisants m’ont élu à 40% et surtout pas de M. Mbassi. Aucun de nous deux ne peut prétendre avoir une légitimité supérieure à celle de l’autre. J’agis pour les populations et rien que dans leur intérêt en conformité avec la vision politique du Pal pour qui Kamto n’est pas un pestiféré et Scsi une organisation terroriste. Si pour certains dont le maire Mbassi et ceux qui commanditent les actes du préfet de la Lekie en la circonstance, Kamto est un pestiféré ou une menace, c’est leur problème. Nous ne nous alignerons jamais derrière une telle position que je condamne comme incongrue autant que j’ai jugé incongrue celle de Kamto lorsqu’il s’est autoproclamé président élu. Vous m’avez certainement lu à ce sujet. Je tiens sur ce point à insister sur ce que le maire Mbassi doit bien comprendre qu’à l’exécutif municipal de Monatele, nous sommes en cohabitation politique et qu’il en tire les conséquences plutôt que de nous plonger dans les bruits de casseroles cassées qu’occasionnent ses propos péremptoires. Ce côté multicolore du conseil exécutif impose des nuances sur ce qu’il croit pouvoir parler ou décider. Je m’en irai le dire au préfet et au sous-préfet de céans. Les choses doivent être clarifiées… Le routier de la politique camerounaise que vous êtes a inventé un jour, le concept de » homobiyaus… En est-on à l’une de ces formes les plus pernicieuses? Bien sûr. Etant d’ailleurs entendu que « l’homo biyaus » a muté et est devenu un monstre sur lequel son créateur n’a plus le contrôle. Quand on a observé et interagi pendant près de 30 ans sur la scène politique avec le président Biya, l’homme tout en nuance et doigté, n’est pas du tout reconnaissable dans les rodomontades de certains des membres de son gouvernement qui font plus penser à des artistes de cirques qu’à des ministres de la République… Et ces gens là ont malheureusement la réalité du pouvoir dans ce pays au point où on peut se demander quel logiciel a produit un tel casting gouvernemental. Célestin Bedzigui, A ce jour où en est votre combat? Je suis associé depuis ma maturité à un cercle de pensées où bâtir une société de progrès matériel associé à l’éveil spirituel magnifié par la liberté et la démocratie doit être la finalité de l’œuvre humaine. Je constate que sur ce chemin escarpé, le pays où Dieu m’a fait naître et où j’ai choisi de terminer ma vie peine à s’extirper de la fange des vices et des vicissitudes des humains. Parallèlement, on note tout de même un relèvement progressif du niveau d’instruction et d’éducation. Voilà entre les mains de nous les hommes politiques la glaise avec laquelle nous avons la mission de mouler la société de demain. Je commence à me sentir dans la peau du dernier des Mohicans mais lorsqu’avec vous et d’autres, nous regardons derrière, nous constatons tout de même des réalisations positives comme la consolidation de l’État, qui malheureusement ne s’accompagne pas avec la consolidation de la nation. Voilà le chantier qui est le ressort de mon activité politique… Un graal… inatteignable ? Le chef traditionnel que vous êtes, que dit-il à sa communauté, face à la montée des extrémismes communautaires ? J’ai évoqué la question de la construction de la nation plus haut et c’est bien à ce problème que je pensais. Si j’ai parlé de la consolidation de l’Etat, elle s’est malheureusement faite en accentuant une concentration patrimoniale du pouvoir de décision. Les hésitations, voire le refus d’une dissémination des initiatives de transformation structurelle, la réalité du pouvoir, en les concentrant entre les mains d’un cercle très restreint d’individus a tendance à renfermer des communautés et des classes entières dans le ghetto de leur différence. C’est ainsi qu’avec le temps, le ciment mystique de l’appartenance à la même nation a tendance à lâcher pour se reconstituer dans des forteresses tribales ou communautaires comme vous le dites. Je pense qu’autant notre économie a besoin d’être reconstruite, autant notre société a aussi besoin d’être reconstruite non plus sur les tribus, mais sur les valeurs. Et c’est l’ambiguïté dans laquelle me fait vivre ma condition de chef traditionnel. Mais pourtant, ce n’est que de cette manière que l’on peut faire reculer les extrémismes communautaires qui sont une menace mortelle pour la préservation de la paix civile dans notre pays.

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