[Politique] AN : la session budgétaire s'ouvre sous fond de crises

La session mensuelle qui s’ouvre ce matin au Palais des Congrès de Yaoundé aura pour mission principale de voter la loi de Finances. Une tâche herculéenne liée aux crises sécuritaire et sanitaire. La crise sécuritaire dans le Noso non seulement absorbe une part essentielle des recettes de l’Etat mais en amont prive le pays d’au moins 20% des ressources budgétaires. Il n’y a rien qui coûte aussi chère à un pays que la guerre. Pour preuve, au mois de mai, le pays de Paul Biya a mis sur la table 8,9 milliards de Fcfa, soit le 1/10 de la cagnotte globale qui monte à près de 90 milliards dont la gestion est chapeautée par le Pnud. Dans la même veine, on se rappelle qu’en juin de l’année dernière, Paul Biya avait décidé de la mise en œuvre d’un plan d’assistance humanitaire d’urgence pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, placé sous la coordination du ministre de l’Administration territoriale et doté d’un budget prévisionnel de 12,7 milliards de Fcfa. Comme on le voit, non seulement le pays est privé au bas mot de 20% de ses recettes, mais il doit en plus puiser dans les maigres ressources disponibles pour rétablir tant bien que mal la sécurité dans les deux régions. La Cdc, le deuxième employeur après l’Etat a mis la clé sous le paillasson ; la Sonara est hors d’usage, les bassins de production cacaoyères du sud-ouest sont dans l’abandon. L’autre foyer qui alimente la peau de chagrin du budget de l’Etat est la crise sanitaire. La Covid-19 a entamé de manière durable l’économie du pays surtout depuis son arrivée au Cameroun en mars dernier. Tous les secteurs de l’économie ressentent durablement ses effets d’étouffement car tous les pays du monde sont affectés par la récession due au Covid-19. C’est une difficulté supplémentaire pour le renflouement des caisses de l’Etat. Cette donne se complexifie au moment où partout en Occident il est annoncé une seconde vague de la Covid-19 plus virulente encore. Difficultés politiques Au moment où le pays va inexorablement vers la mise en place intégrale des institutions locales pour un encadrement efficient de la décentralisation, on se demande bien si le pays est fin prêt pour assurer sereinement la nouvelle ère politique qui s’ouvre. Avec désormais 15% des ressources du budget concédé aux régions, l’Etat central véritablement a besoin de l’argent frais pour assumer ses missions régaliennes surtout en temps de crise. Il est donc fort à parier que les différents ministères compétents dans l’élaboration du budget, surtout que le Minfi a ouvert la réflexion aux députés depuis l’année dernière, vont fouiner dans tous les recoins pour trouver des niches fiscales. On peut se souvenir de l’intervention du politique en tant que de besoin pour éviter des emportements sociaux. Par exemple la loi de Finances au sujet des taxes de téléphones de l’année dernière est là pour nous expliciter combien l’Etat est dans une soif inextinguible d’argent liquide. Aussi loin qu’il est possible de taxer ses citoyens, l’Etat ne va pas se priver, ce qui signifie en amont que la vie sera un peu plus chère et difficile en 2021. Cette réalité préfigure des grèves à répétition. On croise les doigts pour qu’un jour, débordé, l’Etat ne soit pas contraint de nous exiger de payer la taxe à la vie ou à la respiration. Ce qui signifie en clair que le plus dur est à venir.

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