[NOSO] ‹‹ l'option militaire est définitivement à écarter !››

Flore Mboussi, membre du bureau du porte-parole de Maurice Kamto « Je ne vois absolument rien dans les évènements récents qui puissent nous conduire à pareil questionnement. Le drame de Kumba vient tout au contraire nous rappeler que l’option violente face aux revendications anglophones était une folie dès le départ. Nous voici en octobre 2020 et on a l’impression d’être en plein cauchemar ; je me remémore les revendications légitimes et pacifiques des avocats anglophones et je n’arrive toujours pas à comprendre comment on en est arrivé là. Une grève étudiante réprimée dans une violence insensée, puis le premier .mort, un étudiant de 26 ans, Akum Julius abattu par les forces de l’ordre et là, tout bascule ! Si en 2016, vous aviez posé cette question à vos panélistes du RDPC de ce jour, eh bien en plus de vous expliquer qu’il n’y a pas de « Crise dans les régions anglophones”, ils vous auraient dit, avec un orgueil inconséquent, qu’il n’y a pas besoin d’option militaire dans le NOSO. Que la police et la gendarmerie suffisent. Or voilà aujourd’hui le bataillon d’intervention rapide sur le théâtre des conflits qui n’arrive toujours pas à donner raison à l’option violente. Je vois déjà mes voisins de colonnes du RDPC venir sur vos pages expliquer, d’un ton martial, aux camerounais qu’on ne négocie pas avec les « terroristes”, qu’il faut envoyer plus de troupes au NOSO. Mais on les prend où ces troupes ? On les finance avec quel argent ? Voici presque 4 ^àns que le fonctionnement de l’Etat est plombé par ce conflit en plus de la mal gouvernance à laquelle nous a habitués ce régime. N’est-il pas temps de faire une pause et se poser les bonnes questions? Vous savez, il faut définitivement déconstruire ce mythe de la toute puissance militaire qui résout tous les problèmes. Analysons un peu l’histoire récente du monde qui puisse dans une certaine mesure être comparée à ce que nous vivons au NOSO. L’ETA en Espagne a opéré depuis la période franciste jusqu’en 2018 (date de sa dissolution officielle), soit environ 60 ans d’existence dont 40 de lutte armée. , Le conflit nord irlandais a duré près de 30 ans. Les forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont opéré durant plus de 50 ans dont 15 en tant qu’organisation terroriste du fait de multiples attentats et enlèvements. Je ne peux pas tout citer ici, mais connaissez-vous le point commun entre tous ces conflits ? Eh bien, ils ont tous connu une issue négociée. Ceux qui pourraient prendre pour exemple la guerre de sécession américaine qui a connu un dénouement militaire, devraient également expliquer aux camerounais qu’il s’agissait d’une guerre qu’on pourrait qualifier de conventionnelle dans son exécution. C’est-à-dire que vous aviez deux camps bien distincts par leurs uniformes et bannières ; mais aussi des batailles qui se déroulaient majoritairement sur des théâtres bien définis. Toutes choses qui font que le conflit a été fratricide, entre 600 000 et 700 000 morts, mais n’a duré que 4 ans. Or, dès lors que vous rentrez dans des guerres clandestines comme celle que nous connaissons au NOSO, vous rentrez, que vous le vouliez ou non, dans des processus extrêmement longs et votre puissance militaire est d’une efficacité toute relative. Voilà pourquoi vous verrez autant d’exactions commises également par les forces de défenses camerounaises (exécution de femmes et de bébés dans l’Extrême-Nord, Ngar-buh…). On joue sur la terreur car sur le plan militaire, notre puissance n’a même pas l’occasion de s’exprimer. C’est la même raison qui sous-tend l’utilisation du napalm au Cameroun par les forces d’occupation françaises et au Vietnam par l’armée américaine. Il est évident que si les affrontements se faisaient en bataillé rangée, les combattants anglophones ne tiendraient pas deux heures face aux forces étatiques. Mais ce n’est pas ce qui se passe là-bas, car conscients de leur infériorité en équipements, en formation,… eh bien les anglophones opposent une guérilla aux militaires. Chose qu’aucune armée au monde n’est en mesure de vaincre aussi facilement que le laisseraient croire les bombages de torses dénués de tout bon sens qu’on observe dans les salons feutrés de Yaoundé. Est-ce que vous imaginez le Cameroun dans sa situation politique, économique et sécuritaire actuelle connaître des décennies de conflits au NOSO ? Car c’est ce qui se dessine devant nous si nous ne faisons rien. Qu’en sera-t-il de la sécurité de toute la sous-région si le Cameroun sombre dans le KO ? Lorsqu’on explique au régime de Monsieur Biya qu’on ne gagne pas une guerre contre son propre peuple, ce n’est pas la manifestation d’un manque de patriotisme mais simplement du bon sens éclairé par quelques faits historiques. D’ailleurs, je suis surprise que l’homme dont les partisans réclament pour lui, le prix Nobel de la paix (rires) suite à l’affaire Bakassi, ne tire pas de leçon de sa propre expérience pourtant d’une longévité pharaonique mais malheureusement honteuse au vu de son bilan. Voilà en effet un homme dont les deux apports essentiels dans l’affaire Bakassi ont été de comprendre, à la suite de lourdes pertes infligées par l’armée nigériane, qu’il ne gagnera pas sur le plan militaire ; et de faire appel à la bonne personne pour gérer le dossier juridique à la suite d’incompétence notoire et de gabegie financière de la précédente équipe. Mais il devient tout à coup chef de guerre à 83 ans quand il s’agit de massacrer son propre peuple. Non, Monsieur Biya ne gagnera pas cette guerre, quelles que soient les informations prometteuses qu’il pense avoir du terrain. Et avec le temps qui passe, il ne fera que pousser nos hommes en tenue à commettre de plus en plus d’exactions sur les différents théâtres de conflit. L’option militaire est définitivement à écarter ! La question sur un nouveau dialogue est très mal posée car c’est ainsi que les camerounais finissent par penser que le dialogue en lui-même est plus important que les conditions dans lesquelles on dialogue.Le précédent évènement auquel vous faites référence n’avait rien d’un dialogue et pour preuve, il n’a absolument rien apporté à part l’humiliation de tous ses participants et un gaspillage des fonds publics. A croire que ce n’était qu’un prétexte pour libérer le Président élu Maurice Kamto sans perdre la face suite aux injonctions du jeune Président Macron à son « fort expérimenté” homologue camerounais. Vous trouverez peut-être que je m’égare mais aujourd’hui, nous avons un an de recul,‘réfléchissons un peu. Monsieur Ayuk Tabe et ses co-accusés, qui sont toujours en prison à ce jour, sont condamnés le 20 août 2019 à une peine à vie et à des amendes absurdes. Plus d’un mois plus tard, Monsieur Biya convoque son « Grand dialogue national” pour résoudre en priorité la crise anglophone et au dernier jour de celui-ci, c’est plutôt le Président élu Maurice Kamto qui est libéré et pas les leaders anglophones. Pas que la nouvelle ne m’ait pas réjouit, mais expliquer moi où était le rapport. Cette analyse m’amène à conclure que ce régime ne veut pas d’un vrai dialogue pour résoudre le conflit anglophone parce qu’il a, de son point de vue, tout à y perdre : Une perte de crédit politique car comment discuter avec des terroristes avec qui on a juré ne jamais discuter et qu’on devait facilement soumettre avec notre toute puissance militaire ? Une perte de légitimité vu qu’une fois que ce régime se montrera prêt à négocier, les anglophones se sentiront en position de force et réclameront la sécession ou à minima un fédéralisme mais avec une reforme juste des institutions dont le système électoral, ce qui équivaut fatalement à un départ de Paul Biya qui a sans aucun doute perdu plus d’élections présidentielles qu’il n’en a gagné. Donc pour répondre à votre question, je pense qu’un véritable dialogue est nécessaire mais surtout pas sous le format « politique spectacle” comme il nous a été servi la fois précédente. Eh bien, obligatoirement tous les leaders anglophones capables de faire taire Tes armes sans aucune distinction de ce qu’on leur reproche car il ne s’agit plus déjuger mais de ramener la paix. Ensuite tous les leaders politiques, religieux et de la société civile qui le souhaiteraient. Et enfin, des partenaires internationaux du Cameroun en tant que médiateurs. Mais il est important que nous n’assistions plus au même style de comédie qu’en septembre et octobre 2019 où l’Etat convoque un dialogue sans les leaders anglophones qu’il a précédemment condamnés ; et décide lui-même des résolutions qu’il compte appliquer ou non. Ça n’a aucun sens quand on veut être un tant soit peu sérieux.Mais, peut-on mettre sur la même table séparatistes et Etat? Non seulement on peut, mais on doit Comme le dit le Président élu Maurice Kamto, c’est avec celui qui n’est pas d’accord qu’on doit justement dialoguer. Car si on ne met sur la même table que ceux qui sont déjà du même avis, on ne règle aucun conflitJe suis à chaque fois dépitée quand j’entends ce régime et son syndicat d’opposants nous expliquer qu’aucun pays au monde ne peut tolérer une sécession sur son territoire ; ceci afin de justifier l’option martiale qui pour eux est la seule qui vaille. Mais comme vous dites, ça se finit souvent autour d’une table. Des exemples d’issues négociées de conflits séparatistes existent à travers le monde comme je vous l’ai détaillé plus haut, pourquoi ce régime veut nous faire croire que la seule voie possible, c’est le massacre de nos compatriotes?J’aimerais terminer mon propos en envoyant un message au régime et à ses alliés. Ce n’est pas parce que le Président Maurice Kamto a été choisi par le peuple camerounais le 7 octobre 2018 et qu’il constitue donc le symbole de l’alternance au Cameroun qu’il faut écarter d’emblée toutes ses propositions. C’est le même homme que celui qui nous a pacifiquement ramené Bakassi quand tous les autres ont échoué. C’est son parti, le MRC, qui a mis son avenir politique en suspend pour que la paix revienne notamment au NOSO. C’est encore lui qui prend ses responsabilités d’homme d’Etat et qui demande au peuple camerounais de sortir de cette fuite en avant que constituent des élections successives qui, contrairement aux discours de ceux qui veulent y participer, n’apporte aucune amélioration dans le quotidien des camerounais ; bien au contraire. Le temps et les évènements sont en train de lui donner raison et cela effraye énormément le sérail qui fait tout pour ne pas l’accepter. Les camerounais doivent le comprendre et répondre massivement à son appel à la mobilisation pacifique. Nous n’avons plus le temps d’avoir peur ».

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