[Faits divers] Lingam : un berger Bororo poignardé à mort par un agriculteur

Interdits d’achat de terres pour nourrir leur bétail, faibles devant la loi qui tranche les conflits agropastoraux, considérés comme des sous-hommes, les éleveurs bororos sont marginalisés et payent parfois cela au prix de leur vie. Le village Nyamboya situé dans le département du Mayo-Banyo, dans la région de l’Adamaoua est en ce moment le refuge de plusieurs bergers bororos. Ils ont fui le village Lingam situé à plus de 50 km de là, après le décès de l’un de leur frère abattu d’un coup de poignard par un agriculteur. Le chef de Nyamboya, par mesure de sécurité, aurait trouvé un lieu pour permettre aux pasteurs de garder leurs bêtes, en attendant la fin de l’enquête ouverte par l’unité de gendarmerie. Selon des sources locales, tout serait parti d’un conflit agropastoral qui oppose les éleveurs bororos aux agriculteurs dans le village de Lingam, où le pâturage est favorable à l’activité des bergers. L’une des bêtes de Haminou Issa, le berger bororo, serait entré dans le champ de maïs d’un agriculteur, habitant du village, et aurait provoqué d’énormes dégâts. Au lieu de s’en remettre à la loi en portant plainte pour demander réparation, l’agriculteur s’est fait lui-même justice : il a assené plusieurs coups de poignard au berger qui est mort sur le coup. Le cultivateur continue de vaquer à ses occupations normalement et à être protégé par les siens, malgré l’enquête ouverte à la brigade de gendarmerie de Bankim. Le commandant de brigade n’a pas souhaité s‘exprimer sur le sujet. Les Bororos, quant à eux, ont été sommés par les habitants de Lingam de quitter les terres du village avec tous leurs bœufs. Ils sont allés se réfugier à Nyamboya, sans aucune assistance. La loi est dure pour les Bororos Minoritaires, marginalisés, considérés comme des sans-abris : le quotidien des Bororos est un véritable calvaire dans le département du Mayo-Banyo. A Lingam où ils avaient trouvé refuge depuis de nombreuses années, les règles imposées n’ont jamais été favorables à leur épanouissement. Par exemple, il est interdit de vendre des terres aux ressortissants boro-ros. « Ce sont des nomades partis du Tchad et du Nigeria, tout ce que nous pouvons faire, c’est de leur trouver un peu d’espace pour leurs bœufs, pas plus », tranche un habitant du village. A Nyamboya où le chef du village a trouvé des logements à plusieurs éleveurs, beaucoup d’habitants demandent que tous les Bororos soient expulsés. « La haine contre les Bororos ne date pas d’aujourd’hui, j’ai été maire de la commune de Bankim pendant plus de 15 ans. A chaque fois j’ai toujours été interpellé par les Mambilla, les Yamba, les Kwandja et autres groupes ethniques qui me demandaient d’expulser les habitants bororos. Par humanisme j’ai toujours essayé de trouver une solution pour laisser vivre ces bergers dans les coins reculés. C’est le seul refuge qu’ils pouvaient avoir », explique Njowe Philipe, le maire. Exclus de tout poste politique, les Bororos n’ont pas les moyens d’intervenir pour faire changer la loi qui règle les conflits agropastoraux. Elle est très dure pour eux. Lorsqu’un bœuf entre dans une plantation et commet des dégâts, comme c’est le cas dans l’affaire en cours, cette loi demande qu’une commission soit créée par le sous-préfet de la localité. Seulement, celui qui porte plainte doit payer une somme entre 50 000 Fcfa et 100 000 Fcfa à la commission pour qu’elle descende sur le terrain avec des experts pour faire les enquêtes. Ensuite les dossiers sont transmis au tribunal pour départager les parties. « Ce qui n’a pas été fait », précise le sénateur Rdpc de l’Adamaoua, Mohamadou Djafarou. Une violation des lois internationales « Le problème c’est que dans l’Adamaoua, lorsqu’un conflit agropastoral est déclenché, si ça concerne un Bororo, on le condamne directement sans même un jugement. On n’accorde pas beaucoup de respect à ces populations », regrette un chef traditionnel local. «Tout le monde pense ici que l’homme Bororo n’est pas égal aux autres hommes », rajoute un autre inter-venant.Il s’agit ici d’une violation flagrante de l’article 24 de la déclaration des droits des peuples autochtones qui stipule que « les autochtones ont droit en toute égalité de jouir du meilleur état possible de santé et de bien-être ». C’est aussi une violation du pacte international des droits civils et politiques qui dit que « tous les hommes sont créés égaux, ils sont dotés par le créateur de certains droits inaliénables parmi lesquels le droit à la vie ». Le Cameroun signataire de ces droits internationaux a pour devoir de trouver les moyens de les mettre en application.

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