[Faits divers] Garoua dans la spirale des hors-la-loi

Le préfet du département de la Bénoué Oumarou Haman Wabi a engagé tous les moyens pour tordre le coup aux bandits. Chefs traditionnels, police et militaires, la collaboration des populations sont les artifices excipés par le préfet pour sécuriser les populations et leurs biens. Les autorités administratives, militaires et traditionnelles ont perdu le sommeil dans la lutte contre l’insécurité dans la ville de Garoua et ses environs. Le préfet du département de la Bénoué Oumarou Haman Wabi a regroupé plus de 200 chefs traditionnels des 3 arrondissements de la ville pour solliciter leurs collaborations avec les autorités administratives et militaires. « Il y a 6 mois dans ma tournée de prise de contact dans les 12 départements, j’ai condamné les enlèvements des personnes et les rançons qui se paient aux détriments de la population. Ces malfrats sont bien connus de vous et vous ne les dénoncez pas. J’ai engagé par la suite la lutte contre le drame de noyade des enfants. Au mois de juillet, dans les nuits du 19 et du 20 deux dames ont été froidement assassinées dans leurs concessions, des vols à mains armées, des agressions des motos taxis. La police patrouille les quartiers pour inquiéter ces hors la loi que vous connaissez bien puisque ce sont nos enfants. Une boutique éventrée dans le marché de Garoua et le coffre-fort emporté et retrouvé dans le drain, vidé de son contenu de plus de 40 millions de francs. Vous refusez de collaborer, de dénoncer les bandits qui sèment la terreur sur la ville. Vos préoccupations se sont réduites uniquement qu’aux litiges fonciers et ventes des terrains. Je vous stimule à dénoncer ces bandits qui habitent dans vos quartiers et à les remettre à la police. Vous devez dans votre feuille de route encadrer les populations mais vous avez disparu de la scène. Certains chefs traditionnels ont perdu leur crédibilité auprès de leurs populations. J’attends votre franche collaboration pour que ces bandits soient aux arrêts. L’administration joue son rôle et vous chefs traditionnels vous êtes interpellés. » Une rencontre où le préfet a mis les chefs traditionnels devant leurs responsabilités. Les actions perpétrées des malfrats On compte des multiples cas d’agressions des conducteurs des motos taxi, des vols à mains armées et des crimes passionnels. Deux dames ont été froidement assassinées à leur domicile pour des raisons passionnelles et économiques. Des crimes qui sèment l’émoi et la terreur dans les familles. Le retour en force de ces hors la loi a replongé Garoua dans une profonde inquiétude dans une ville où les clôtures des ‘’Saré’’ sont basses et sans fil barbelé. La nuit du 19 au 20 juillet ils ont mis fin à la vie d’une jeune dame Roukayatou enceinte de quelques mois au quartier Bibémiré. Ces malfrats très renseignés poursuivaient une cagnotte de plus de deux millions de francs de M. Bapetel époux de Roukayatou, vendeur des pièces détachées des véhicules et de ferrailles à Garoua. Ce dernier, polygame a laissé son butin chez Roukayatou avant d’aller passer la nuit chez sa seconde épouse. Les voleurs se sont introduits dans la concession, film qui va tourner au drame. C’est le matin du 20 juillet que les voisins vont constater un silence inhabituel dans la concession, ayant alerté ses proches, ils la trouveront inerte et sa fillette assise au salon. La nuit suivante du 20 au 21 juillet, Djamboutou a été le théâtre d’un autre assassinat d’une jeune dame Jolie Amina d’une trentaine d’années. Elle a été lardée de deux coups de couteau par son amant Moussa Camara, elle trouvera la mort dans cette violence conjugale basée sur le genre. Un crime passionnel commis par ce dernier qui a eu le temps de prendre la clé des champs. La police et gendarmerie ratissent large pour assainir la Région Le présumé assassin de dame Roukayatou Hamidou dans la nuit du 19 au 20 juillet à son domicile a été interpellé par les éléments de la gendarmerie. Il s’agit de Ndokobaï MataouakVazada, 30 ans. L’enquête suit encore son cours. Au cours de l’opération Adamaoua-Nord (Adano) dans sa phase 3, 4 autres présumés jeunes garçons spécialisés dans les agressions à mains armées sont aussi aux arrêts. Le nommé Hamadou Hassana 18 ans suspect a été interpellé à Tcharaché dans l’arrondissement de Mayo Ourna. Son interpellation a permis de mettre la main sur 3 autres suspects donc 2 à Garoua et 1 à Ngaoundéré. Il s’agit d’Illiassou Bakary 19 ans, Aboubakari Youssoufa 18 ans, Moumini Bouba, 20 ans. Après leur premier forfait commis à Yaoundé chez un certain Sala de nationalité française, ils ont emporté des effets personnels et une arme de calibre 12, de marque Mosbec et 52 munitions et sont descendus au Nord. Ils ont commis plusieurs forfaits parmi lesquels le cambriolage du domicile de M. Djibrilla qui vit en France et du gardien de la paix Mabou. Ces suspects ont été présentés à la presse le lundi 10 août par la Commandant de compagnie, capitaine Housseini Hamadou qui déplore la déliquescence de la jeunesse. Dans l’Arrondissement de Bibémi, l’opération Adano initiée par Paul Biya le 10 août 2019 et conduite par le général de brigade Pierre LoubaZal commandant la 3e région de la gendarmerie et Agar Robinson commandant la 3e région militaire inter armée a mis la main sur 37 autres suspects qui opèrent entre le Cameroun et le Tchad. « Plusieurs d’entre ces personnes font l’objet des recherches et seront soumises à une exploitation judiciaire approfondie. D’importants stocks de médicaments de contrebande, drogues et une vingtaine de motos et d’armes de guerre ont été saisis. Les ravisseurs vivent dans les villages et y ont des complicités » explique le général de brigade Pierre Louba Zal. Immersion dans les agressions et vols des motos Les agressions et vols des motos ne sont pas en reste. On enregistre plusieurs cas par semaine, en journée tout comme de nuit. Malgré les efforts inlassables des forces de maintien de l’ordre, ces malfaiteurs parviennent à échapper aux mailles de la police. Les motos neuves sont les plus prisées. Quelle est la destination que prennent ces motos arrachées tous les jours à leurs propriétaires ? D’autres sont convoyées dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est par les camions des marchandises qui retournent souvent à vide. Soit elles sont dépiécées et vendues en pièces détachées à la casse. Plusieurs ont déjà retrouvé certaines pièces de leur moto sur les étals. « Les agresseurs utilisent de plus en plus les femmes dans leur mode d’opération. Elles vous empruntent pour une destination où sont positionnées leurs éléments. A la descente elle traîne à vous payer, soit en sortant un billet alors qu’elle ne vous a pas signalés qu’elle n’avait pas de monnaie. Dans ce laps de temps, vous êtes envahis pas des gars armés avec des machettes, gourdins et couteaux. Si vous résistez, ils vous ôtent la vie, soit vous blessent mortellement. J’ai déjà perdu 3 motos suite à ces agressions et j’ai failli aussi perdre ma vie. C’est avec cette activité que je nourrie ma famille je ne peux pas abandonner et je prends encore des motos par contrat. Je travaille et je rembourse l’argent du contrat au patron et la moto me revient » explique Moussa Lawal, conducteur de moto taxi, marié père de 3 enfants. L’appel des autorités à la dénonciation des malfaiteurs souffre selon les chefs traditionnels d’énormes tares et manquements. « Quand nous les dénonçons et ils sont interpellés, mais deux jours plus tard ils sont encore en liberté. Ils reviennent dans le quartier et se retournent contre les dénonciateurs. Nous n’avons pas les mains libres pour la dénonciation. Il y a la corruption qui gangrène le système judiciaire de depuis la Police judiciaire jusqu’à la cour. Ces malfaiteurs négocient leur libération par de fortes sommes ou sont défendus pas une haute autorité du pays » explique un chef traditionnel après la rencontre convoquée par le Préfet Oumarou Haman Wabi, le 6 août dans la salle des fêtes de Garoua qui a regroupé plus de 200 chefs traditionnels autour de la question d’insécurité.

Listen Audio on audio.237story.com

Social

  • Mobile App