[Faits divers] Bénoué : le fleuve tueur

Plusieurs corps y ont été repêchés depuis le début du jeûne du Ramadan, ils sont près d’une centaine de jeunes à occuper un large banc de sable sur les berges de la Bénoué du côté du quartier Souari Dépôt, le dimanche 10 mai alors qu’il est quatre heures de l’après-midi. De loin, l’endroit ressemble à une plage de l’océan indien. Pour y accéder,’ on traverse une piste sablonneuse accidentée, tracé au milieu des jardins de salade et de choux. Par endroit, le rétrécissement du fleuve qui .a retrouvé son lit habituel, a tout de même laissé des fosses remplies d’eau et de la broussaille. A notre arrivée sur les berges, certains jeunes font de la lessive pendant que d’autres en profitent, pour laver leurs motos. La grande majorité par contre est en train de se baigner dans les eaux noires du fleuve. Un peu au loin, quelques jeunes sont assis ou couchés sous les manguiers qui abondent dans ce secteur du fleuve et observent les baigneurs. C’est que pendant le ramadan, le fleuve Bénoué sert de lieu de refuge pour les jeûneurs. Ils sont de tous les âges et viennent de tous les quartiers de là ville de Garoua. Certains, font des longues distances pour venir uniquement se baigner et se soulager de la chaleur car depuis plus de deux mois, la canicule a enveloppée la région du Nord. Un véritable calvaire pour certains jeûneurs C’est le cas de Mamoudou et un groupe de quelques jeunes venus du quartier Bibémiré qui s’apprête à rentrer alors qu’il est déjà 17h30. Ils ont passé quasiment toute la journée dans l’eau. « La chaleur est insupportable pour nous autres qui ne pouvons pas nous permettre le luxe de nous offrir des climatiseurs» explique Mamoudou, un jeune homme. « On abrège notre souffrance ici» ajoute son ami Issa. Juste à côté, un autre jeune, Sanoussi Mana venu du quartier Foulbéré, emballe tranquillement des vêtements qui séchaient au soleil. «L’eau est gratuite ici pour faire sa lessive et de plus je peux me rafraîchir à volonté», se réjouit-il. Aux encablures de 18 heures, les berges se vident de ses occupants et le calme enveloppe les lieux. Si ce dimanche a été sans évènement malheureux, cela n’est pas toujours le cas. Les eaux noires du fleuve engloutissent très souvent les baigneurs qui meurent des suites de noyade. « Le fleuve nous rappelle très souvent que l’eau est certes la vie mais elle peut aussi causer la mort», lâche un pêcheur. En effet, il ne se passe pas une semaine sans qu’un corps ne soit repêché des eaux de la Bénoué. Et depuis l’arrêt des cours décidé par le gouvernement pour stopper l’avancée du Covid-19 le 17 mars dernier, de nombreux enfants se sont retrouvés piégés et morts dans les eaux de la Bénoué. «Malheureusement, la plus part des jeunes qui viennent ici ne savent pas nager», regrette un blanchisseur habitué du coin. Et avec l’affluence des baigneurs en période du Ramadan, l’on redoute le pire. Le dimanche 03 Mai dernier, le corps sans vie et en décomposition d’un homme de 30 ans a été repêché des eaux par le personnel de la 301e compagnie d’incendie de Garoua. Afin de tenter de stopper la série macabre, le maire de la ville de Garoua a initié une croisade contre les noyades. Accompagnées du préfet du département de la Bénoué, ils se sont rendus lundi 4 mai 2020 sur les berges de la Bénoué, pour comprendre le phénomène des noyades et y apporter des solutions. Les autorités ont décidé de mettre sur pied, des équipes de surveillance qui s’organiseront en patrouilles, sur les lieux les plus fréquentés des berges. Parallèlement, les pêcheurs et les baigneurs ont été appelés à plus de vigilance.

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