[Éducation] Prise en charge : Le chemin de croix de l'enseignant

En dépit du statut particulier dont ils bénéficient depuis 2000 et de l’existence d’une loi sur l’orientation de l’éducation au Cameroun datant de 1998, textes qui devraient leur conférer de nombreux avantages et améliorer leur cadre de vie et de travail,, les fonctionnaires de l’Education, pour la plupart, tirent de plus en plus le diable par la queue. Pour être professeur de lycées au Cameroun, il faut suivre avec succès une formation de cinq ans pour les titulaires du Baccalauréat ou de deux années pour des personnes ayant une licence. Malheureusement, la fin de la formation qui aurait dû être le début d’une nouvelle ère, un saut vers l’amélioration des conditions de vie, se transforme plutôt en un chemin de croix. En dépit d’un statut particulier qui devait améliorer son existence, le pédagogue camerounais n’est pas toujours logé à meilleure enseigne comme les militaires, policiers, gendarmes ou des inspecteurs des impôts et magistrats formés à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam). L’enseignant doit attendre 4 à 5 ans pour être pris en solde Sur le site spécialisé dans les questions d’éducation, lepetitecolier.mon-doblog.org, un article au titre évocateur «Ce que ça coûte d’être enseignant au Cameroun» crève à juste titre l’écran, non pas en raison du nombre particulièrement élevé de vues, mais davantage par les faits qui y sont relatés, en rapport avec l’exercice du métier d’enseignant au Cameroun. «Immédiatement après la sortie des écoles normales, les jeunes enseignants sont affectés dans des coins enclavés pour la plupart. Pour y aller, le ministère met à leur disposition les frais de relève, une somme d’argent calculée en fonction de la distance entre le lieu de formation et le lieu d’affectation, et remise à l’enseignant pour lui permettre de rejoindre son poste d’affectation. Ça, c’est le principe. Sur le terrain, c’est autre histoire. Les délégués régionaux des enseignements secondaires, qui depuis quelques années sont chargés du paiement de ces sommes, ne sont généralement pas pressés de les verser aux intéressés». Intégration Donc, il faut attendre que le délégué veuille bien signer les documents nécessaires au payement des fameux frais. Généralement, las d’attendre tous les jours devant la délégation, les jeunes enseignants se résolvent à rejoindre leurs postes d’affectation à leurs propres frais. Le jour de paye (parfois un an après, parfois jamais), ils se rendront compte que les montants ne varient plus en fonction de la distance, mais dépendent plutôt du bon vouloir du délégué régional. Pire, il faut attendre en moyenne 2 ans pour que le dossier d’intégration suive son cours, tout en espérant qu’il ne disparaisse dans les bureaux poussiéreux de la Fonction publique, auquel cas il faudra reconstituer un nouveau dossier. Tandis que les fonctionnaires sortis de certaines grandes Ecoles comme l’Enam, l’Ecole militaire interarmées ou l’Ecole de police perçoivent leurs salaires quelques mois après la prise de service. La situation est beaucoup plus compliquée dans le primaire. Ici, un temps le gouvernement parle d’instituteurs vacataires (Ivacs) alors qu’il continue de recruter aux niveaux secondaire et supérieur. Plus grave, l’instituteur sorti de l’école de formation doit encore présenter un concours pour son entrée éventuelle à la Fonction publique ! Seul, l’enseignant du supérieur semble bénéficier de tous les privilèges. En 2017, plus de 20.000 personnels de l’éducation réunis au sein du «Collectif des enseignants indignés » des lycées et collèges d’enseignement général et technique avaient, en toge, manifesté devant le ministère des Finances pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaire qui pour certains, atteignaient 5 ans d’impayés. Plusieurs réunions de crise avaient été organisées par le gouvernement afin de trouver une solution à la crise. Selon ces enseignants, le sentiment d’indignation était né du fait qu’ils n’avaient pas été payés depuis plus de 60 mois pour la plupart. Leurs multiples réclamations semblaient même tomber dans des oreilles de sourds. C’est donc ce qui aurait conduit à une sorte de durcissement du ton. Statut particulier La situation avait suscité une vague de réactions. Pour Serge T., « le problème, c’est qu’ils sont les garants du Cameroun de demain. Les maltraiter, c’est hypothéquer l’avenir du pays pour au moins trois générations. Si la jeunesse est le fer de lance de la Nation, ne serait-il pas conseillé que ceux qui doivent assurer son encadrement soient dans de bonnes conditions ? ». Abdou Rachid pense carrément que « le Cameroun ne sera jamais développé si l’éducation n’est pas prise au sérieux ». « Je valide à 100%. L’éducation est la fondation. Si l’on veut avoir un Cameroun digne de ce nom demain, il faut qu’on éduque pour changer les mauvaises mentalités », atteste Christian M. Ces maltraitances sont en contradiction avec la loi N°98/004 du 4 avril 1998 sur l’orientation de l’éducation au Cameroun. En son chapitre III, article 37 (1), ledit texte stipule clairement que « l’enseignant est le principal garant de la qualité de l’éducation. A ce titre, il a droit, dans la limite des moyens disponibles, à des conditions de vie convenables, ainsi qu’à une formation initiale et continue appropriée ». De même, le décret N°2000/359 du 5 décembre 2000 portant statut particulier des fonctionnaires des corps de l’Edu-cation nationale au Cameroun était censé changer de manière radicale le quotidien des enseignants, tant il présente, en son article 61, un certain nombre d’avantages pour les corps de l’enseignement maternel, primaire et normal, de l’Enseigne-ment secondaire général et de l’Enseignement technique et professionnel, ainsi que pour le corps des conseillers d’orientation scolaire, universitaire et professionnelle. Il s’agit des primes de technicité, d’enseignement et d’évaluation, de documentation et de recherche. Mais, pour des montants qui frisent le ridicule !

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