[Économie] Économie post COVID-19 : une analyse prospective de Célestin Monga

L’ex-vice-président de la Banque africaine de développement propose de repenser l’économie, la restructurer (sortir de la dictature des matières premières) et développer des industries à forte intensité de main d’œuvre. L’économiste camerounais Célestin Monga, ex-responsable à la Banque africaine de développement (Bad) et à la Banque mondiale, prévoit des options, «toutes douloureuses et risquées» pour les pays africains à l’économie peu ou prou diversifiée dans le cadre de la crise sanitaire du Coronavirus. M. Monga va du principe que la crise sanitaire en cours a trouvé des économies, pour la majorité, extraverties. De nombreux pays africains font une confiance excessive aux vertus d’une aide extérieure modique, erratique et conditionnée. A cela s’ajoute une incapacité à créer un large secteur formel, des Pme solides et des emplois décents. Le tout dans un contexte de « clochardisation des fonctionnaires», une assiette fiscale « étroite» et un esprit «magico-religieux» des élites qui passent leur temps à «prier, à s’insulter, et attendre que Dieu fasse le travail à leur place». La conséquence de cette situation, selon l’économiste camerounais, est que les entreprises et structures de production seront à l’arrêt; il y aura confinement et baisse de la consommation ; chute de la demande des produits africains à l’étranger et la baisse des transferts privés reçus de l’étranger, car «les frères, cousins et tontons de Paris ou Bruxelles, et les sœurs, nièces et tantes installées à New York ou Londres n’ont plus de travail et donc plus d’argent à envoyer à la famille au pays». Crise économique À en croire Célestin Monga, l’impact sera tel qu’il faut s’attendre à une baisse des exportations et des importations; baisse de réserves de change (avoirs détenus par les banques centrales ou les États en monnaies étrangères ou en or pour leur permettre d’effectuer les opérations de change); baisse des termes de l’échange; baisse des recettes de l’Etat. La chute d’activité provoquerait une crise économique: chantiersà l’arrêt, projets annulés, licenciements, chômage grave, aggravation de la baisse de la consommation et des investissements, encore moins d’impôts et de taxes dans les caisses de l’Etat qui ne peut pas financer les infrastructures, ia santé, l’éducation ou les dépenses de sécurité. Bref, il s’attendre à l’augmentation de la pauvreté, des inégalités et des risques d’explosions sociales. Dans un tel environnement, Célestin Monga pense que toutes les réponses pour pallier les chocs provoqués par le Coronavirus sont toutes douloureuses et risquées. Et pour cause: les banques centrales pourraient injecter de la liquidité dans l’économie en espérant que les banques commerciales feront des crédits aux entreprises et aux ménages pour consommer, investir et relancer l’activité économique. Seulement, c’est un «vœu pieux quand l’incertitude fait peur à tout le monde». Même les annulations de dettes escortées ne trouvent grâce aux yeux de l’économiste, car obtenir des annulations sans condition des anciennes dettes aggrave la réputation de mauvais payeur et de créancier peu sérieux et insolvable. Ce qui est préjudiciable quand viendra le moment de vrais projets à financer et qu’il faudra solliciter des investisseurs étrangers. En outre, M. Monga indique que la solution de creuser le déficit budgétaire s’en endettant davantage se fera au prix fort, car, la mauvaise réputation de l’État et les mauvais ratings des agences de notation augmentent le risque et les taux d’intérêts sur la nouvelle dette. L’option de se serrer brutalement la ceinture (en baissant les salaires pour diminuer les coûts de production, en important moins de machines, de médicaments, etc.) «est violente et douloureuse comme un traitement de paludisme», d’après l’économiste camerounais. La solution de dévaluer la monnaie pour augmenter mécaniquement les faibles recettes d’exportation, à en croire Celestin Monga, alourdirait encore plus le coût des importations et de la dette existante, puisque de toute façon il faudrait bien les payer en devises étrangères et non en monnaie nationale. La conclusion de M. Monga est qu’il faut saisir l’occasion de cette crise pour repenser l’économie, la restructurer (sortir de la dictature des matières premières) et développer des industries à forte intensité de main d’œuvre.

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