[Economie] Commerce extérieur :La pénurie de devises en CEMAC était prévisible

Depuis 2016, les Chefs d’Etat de la sous-région avaient instruit la Beac de reconstituer les avoir extérieurs en devises. Le 21 décembre 2018, le comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), réuni à Yaoundé après avis conforme du conseil d’administration de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), lui-même réuni en session extraordinaire le 18 décembre dans la capitale politique camerounaise, a adopté la nouvelle règlementation de change applicable au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Ce document structuré en huit titres comprenant 195 articles, organise les conditions et les modalités de réalisation des opérations de change dans les États membres de la Cemac. Il s’applique aux paiements et règlements des transactions courantes ou en capital à destination ou en provenance de l’extérieur ainsi qu’aux opérations de change manuel de tous les agents économiques résidents ou non-résidents. Ce cadre juridique, examiné en amont par des experts et professionnels de la filière bancaire réunis quelques mois plus tôt à Libreville, au Gabon, est entré en vigueur depuis le 1er mars 2019, même si les agents économiques et les intermédiaires agréés (banques, micro finances et administrations des postes) disposent d’un délai de six mois pour s’y conformer. Il définit les conditions de règlements des opérations avec l’extérieur, la cession et la rétrocession des devises, les comptes de résidents et de non-résidents en devises et en FCFA, les transactions courantes, les exportations et importations de biens et services, les voyages et les changes manuels, etc. Il nous apprend par exemple que l’exportation des pièces de FCFA est interdite (même si des Chinois en complicité avec des Camerounais, ont été pris en flagrant délit de stpckage des pièces de monnaie à Douala, il y a quelques mois), ou encore que l’ouverture d’un compte en devise dans l’espace Cemac.par un résident est proscrite, sauf dans les conditions et modalités instruites par la Beac. Le document précise en son article 35 que « Les ordres de virement liés aux transferts sont émis dans deux jours ouvrés suivant le dépôt de la demande par le client aux guichets de l’établissement de crédit, sous réserve que toutes les conditions soient réunies par celui-ci et le client. » Mais entre les bonnes intentions (théoriques) et la réalité du terrain, il existe un fossé. Faillites en vue En effet, dans le communiqué paru dans le Jour no 1961 du lundi 1er juillet 2019, le Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam) constate, non sans le déplorer,, que la nouvelle règlementation de change n’a toujours pas permis d’apporter des solutions concrètes aux problèmes des entreprises ni de rassurer les opérateurs économiques, mais s’est caractérisée par des contrôles administratifs accrus préjudiciables aux opérations d’importation. «Au 15 juin dernier, les demandes de transfert totalisaient plusieurs dizaines de milliards de F Cfa. Les délais d’exécution ne sont plus respectés, ils varient de plusieurs semaines à plusieurs mois. De plus, les commissions de transfert et d’achat des devises, ainsi que divers frais bancaires sont à la hausse, et les procédures de transfert plus longues et plus complexes. » Selon ledit communiqué, ce manque de devises se traduit au niveau des entreprises par un ralentissement considérable des opérations l’importation d’intrants, produits et équipements de production, ainsi que de maintenance de l’outil de production. « En outre, à plus ou moins brève échéance, cette pénurie pour rait contraindre les entreprises à suspendre voire cesser leurs activités du tait d’une perte de confiance dans des relations distendues avec les fournisseurs et partenaires extérieurs. D’ores et déjà, certains prestataires ont suspendu leurs opérations avec le Cameroun et aucune visibilité, n’est perceptible à l’horizon pour rassurer nos partenaires », s’alarme le président du Gicam. Célestin Tawamba ajoute que les entreposes sont exposées à la perte de protection de leurs actifs en lien avec le non-paiement effectif des primes dues aux compagnies de réassurance internationales, et que le risque-pays se dégoûte et tend à détourner les assureurs-crédit des entreprises camerounaises. Spéculation, inflation, usure Depuis des mois, les dirigeants d’entreprises et les ménagés se plaignent des retard:. observés dans leurs opérations de transferts et de la rareté des devises. Ceci a pour effet la pratique des prix spéculatifs des transactions sur le marché. Le président du Gicam en avait déjà tait un large écho à l’ouverture de la dernière édition de la loin. Promote, et lors de l’audience que lui avait accordée le Premier ministre, le 18 mm:. 2019 a Yaoundé, en marge de ces rencontres économiques. Relayant les plaintes des agents économique., il soulignait alors que la pénurie des devises ralentit la production et la distribution .des biens et services à cause de la Laisse des importations, le fléau favorise par ailleurs l’inflation et les comportements opportunistes (l’usure) tour en suscitant la méfiance envers les acteurs. 71% d’agents économiques interrogés exprimaient ces préoccupations. Des accusations battues en brèche par le vice-président de la Beac, Évou Mekou, et le conseiller du gouverneur de la Béac, Henri Ikori à Yombi, bien que celui-ci ait admis et déploré le’caractère extraverti des économies de la sous-région. C’était le 4 mars à Douala, lors d’une concertation entre le secteur privé et l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (Apeccam). Alors que le premier déclarait que la Béac a toujours été fluide dans ses opérations, et que de plus en plus elle fait la part belle à l’éthique en appliquant les sanctions prévues, le second, quant à lui, soutenait que. la banque centrale ne pratique pas de rationnement de devises et que, par conséquent, la rareté décriée relève d’un mythe. Pourtant, lors de leur sommet extraordinaire du 23 décembre 2016 à Yaoundé, )es chefs d’États de la Cémac instruisaient à cette même banque centrale de resserrer la politique monétaire et’de reconstituer les avoirs extérieurs en devises, alors très bas, d’assurer le rapatriement des recettes d’exportation, renforcer la résilience des économies de là sous-région, favoriser la bancarisation et promouvoir les crédits à l’économie. Ils déploraient par la même occasion les risques pesant sur la stabilité extérieure de la monnaie commune dus à des facteurs aussi bien endogènes (dérapages budgétaires) qu’exogènes (chute brutale des prix du baril de pétrole brut et resserrement brutal de la réserve fédérale américaine de sa politique monétaire).

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