[Économie] Comment l'abattoir de Mandjou se meurt

Voyage au cœur d’une structure en plein délabrement dans la ville de Bertôua. Il est cinq heures du matin, à bord d’une moto, nous prenons la direction de l’abattoir de Mandjou. Nous empruntons une piste en côtoyant l’ancien cimetière de la communauté musulmane. Notre guide signale que notre point de chute est à un kilomètre du centre-ville de Mandjou. Après quelques minutes, nous voici à l’abattoir, construit par Narmaye Djouldé alors Maire de la défunte commune rurale de Ber-toua, l’abattoir de Mandjou est dans un état d’insalubrité très avancé. Les poteaux construits en béton cèdent sous le poids de l’âge. Des informations recueillies à bonne source signalent qu’à la construction, la toiture était en tôles. Des traces signalent que le sol fût dallé à une époque révolue. A côté, coule tranquillement la Dja (la rivière qui traverse Mandjou). Aux alentours, c’est la broussaille. Pendant que nous contemplons le paysage, les personnes présentes sont ébranlées d’une soudaine frénésie. Arrive un bœuf, guidé par trois personnes. Après une ryde bataille, l’animal est maîtrisé et couché à l’intérieur de l’abattoir. Ismaïla est un spécialiste et c’est lui qui se charge d’égorger toutes les bêtes : « C’est lui qui est chargé d’abattre tous les bœufs, et l’opération est réservée aux initiés », nous explique Aboubakar Yaya un bodcher qui est juste à côté. Le boucher face à l’abattoir, observe attentivement ce qui se passe. Entre deux coups d’œil il nous souffle laconiquement : « Les temps sont devenus difficiles, nous achetons un bœuf actuellement à 300.000 FCFA à Bazzama, il arrive que nous ne puissions pas rentrer dans nos frais ». Taxes diverses Pendant l’échange, d’autres animaux arrivent. En notre présence sept bœufs sont abattus. Entre temps, une jeune dame, tee-shirt blanc et pantalon Jeans descend d’une moto. « C’est l’agent vétérinaire », nous signale Aboubakar Yaya. La dame, couteau à la main dépèce la viande : « Je recherche les’maladies comme la tuberculose, et pour cela j’inspecte la tête, le foie, le cœur », nous explique Mélanie Zuekam l’agent vétérinaire avec un air très occupé. Après chaque inspection, la viande est transposée dans un porte-tout. Pour cette fois aucune anomalie n’a été constatée : « Lorsqu’on détecte des maladies on arrose la viande d’essence et on brûle », déclare avec fermeté l’agent vétérinaire. La commune de Mandjou perçoit à chaque abattage 1000 FCFA. Autres frais supportés par les bouchers, la taxe d’élevage qui s’élève à 1600 FCFA. Elle est perçue par l’agent vétérinaire. Le bœuf acheté en zone rurale est rangé dans un parc. Les bergers ont 500 FCFA pour le transport, le gardien du parc perçoit 900 FCFA par tête. Le « marabout » en charge de l’abattage reçoit 500 FCFA par bête. Avec cette multiplication de taxes qui prennent des destinations diverses, on est en droit de se demander pourquoi cet endroit qui génère autant d’argent est aussi délabré : « Avec cet argent perçu, on ne comprend pas pourquoi l’abattoir n’est pas réaménagé », s’interroge avec colère Aboubakar Yaya. A la commune de Mandjou on calme le jeu et on rassure : « Le budget de l’année en cours prévoit la construction d’un grand abattoir, un site a même déjà été retenu après le lycée » déclare Sonny Mbéllé 1 er Adjoint au Maire (reconduit) à la commune de Mandjou. La dernière étape avant d’atteindre le panier de la ménagère est le transport à l’aide de pousse-pousse qui coûte 500 FCFA

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