[Économie] Bafoussam : retour des paiements à la trésorerie

Un vent de liquidités souffle sur ce poste comptable, hier désaffecté du fait de ses très nombreux retards de paiement. Vendredi, 3 avril 2020, il y avait une agitation perceptible devant les gui chets de la Trésorerie générale de Bafoussam. Certes nous ne sommes pas loin de la fin du mois et les retardataires viennent encore chercher leurs pensions mais ce qui marque, c’est que la plupart des personnes présentes sont des prestataires de services de l’Etat. « En l’espace de deux semaines, j’ai touché deux bons de paiement qui traînaient là. Je n’ai rencontré personne pour cela », témoigne un bénéficiaire. Sous anonymat, il explique que cette vie retrouvée est la conséquence du nouveau management instauré par le Trésorier payeur général (Tpg) nouvellement arrivé. Nommé au poste au début du mois de mars, M. Assengue Fouda Joseph Claude Bienvenu n’est là que depuis trois semaines. Et visiblement, les piles de factures qui s’amoncelaient dans ses services, certaines de manière ridicule, sont en train d’être liquidées. Sur le babillard, on peut lire que pour la seule journée du 27 mars 2020, il avait programmé le paiement de 219 bons, 284 pour le 30 mars et 260 pour le lendemain. En plus d’autres arriérés. Dans un Cameroun hyper corrompu, ses méthodes surprennent déjà. C’est par groupes de trois qu’il reçoit les usagers qui veulent le rencontrer, solutionnent les problèmes posés ou donnent des rendezvous. Et on paie ! « Il nous a été régulièrement répété qu’il n’y avait pas de liquidités. D’où sort subitement cet argent ? », questionne un gestionnaire public. Des agents même de ce service de l’Etat ne comprennent pas encore les raisons de cette mutation. « Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu des gens en rang ici. Maintenant, c’est tous les jours. La trésorerie revit », commente l’un d’eux. « Il n’y a pas d’argent » Pendant de longs mois, sous le règne de son prédécesseur, Jean Didier Afana Fono, la trésorerie générale de Bafoussam a donné l’impression d’être en cessation de paiement. Les plaintes fusaient de toutes parts, y compris dans les services de souveraineté de l’Etat. La gestion du crédit et le fonctionnement de l’Etat ont pris un sérieux coup. En effet, les prestataires se sont mis à bouder les autorisations de dépenses, autrement appelées « cartons » dans les ministères. Lors de la réunion de lancement de l’exécution du budget à l’Ouest, le Ministre des Finances avait essuyé en direct les tirs nourris de ces nombreux accusateurs, qui voulaient la tête du Tpg. Louis Paul Motaze les avait calmés en expliquant que la pénurie des ressources était un problème national, l’Etat étant contraint à des dépenses de souveraineté avec la guerre du Noso et la lutte contre Boko Haram. Par la même mesure, il a muté ce dernier à la Trésorerie générale de Douala, un poste considéré par les connaisseurs comme étant une promotion. Dans le petit monde des affaires à l’Ouest, l’on espère que cet élan de vitalité financière va continuer avec l’approvisionnement des postes comptables secondaires de l’Etat. Sans recettes propres pour la plupart, certaines recettes des finances et les perceptions du Trésor végètent et ne paient pas, sinon pas à temps, les dépenses assignées à leurs caisses. Pour ne pas décevoir complètement leurs clients, certains prestataires demandent aux gestionnaires de signer les factures, d’autoriser les engagements et d’attendre. « Quand on va payer, je vais vous donner votre part », suggèrent-ils. Des propos considérés comme de la malice dans un milieu quasi mafieux, puisque les dates de paiement n’étaient pas rendues publiques. « Il risque de toucher et continuer à dire qu’on n’a pas encore payé. Tu n’auras aucun moyen de contrôler », explore un gestionnaire. Très souvent, ce dernier reçoit finalement moins de 50% de la dotation brute allouée à son service.

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