Crise anglophone : 1850 morts et 530.000 en 20 mois

RAPPORT AFRIQUE N°272 DU 2 MAI 2019 D'INTERNATIONAL CRISIS GROUP. Que se passe-t-il ? Le conflit dans les régions anglophones du Cameroun s’est embourbé. Il n’existe aucun dialogue entre Yaoundé et les séparatistes, qui campent sur leurs positions : l’un mise sur une victoire militaire et refuse toute discussion sur la forme de l’Etat, les autres exigent l’indépendance. En quoi est-ce significatif ? En vingt mois, le conflit a fait 1 850 morts, 530 000 déplacés internes et des dizaines de milliers de réfugiés. L’intransigeance des belligérants risque de générer de nouvelles violences et de prolonger le conflit, qu’aucun camp ne semble en mesure de remporter militairement dans la courte durée. Comment agir ? Acteurs camerounais et internationaux devraient pousser les deux camps à des concessions en menaçant de sanctions ceux qui feraient obstacle au dialogue et en récompensant les moins intransigeants. A terme, le gouvernement devra améliorer le cadre légal de la décentralisation afin d’accorder une plus grande autonomie aux communes et régions. Synthèse Au Cameroun, la crise anglophone s’est embourbée. Après vingt mois d’affrontements, 1 850 morts, 530 000 déplacés internes et des dizaines de milliers de réfugiés, le pouvoir et les séparatistes campent sur des positions inconciliables. Les séparatistes vivent dans l’utopie d’une indépendance prochaine. Le gouvernement, quant à lui, se berce d’illusions quant à la possibilité d’une victoire militaire à court terme. Les modérés et les fédéralistes, qui bénéficient pourtant de la sympathie d’une majorité de la population, peinent à s’organiser. Pour sortir de cette impasse, les acteurs camerounais et internationaux devraient faire pression sur le gouvernement et les séparatistes. Entre la sécession voulue par les séparatistes et la décentralisation en trompe-l’œil que propose Yaoundé, des solutions médianes doivent être explorées pour conférer plus d’autonomie aux régions. La crise sociopolitique née en octobre 2016 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et Sud-Ouest s’est muée fin 2017 en conflit armé. Sept milices armées sont actuellement en position de force dans la majorité des localités rurales. Les forces de sécurité ont mis du temps à organiser leur riposte, mais depuis mi-2018, elles infligent des pertes aux séparatistes. Elles ne parviennent pourtant pas à reprendre entièrement le contrôle des zones rurales, ni à empêcher les attaques récurrentes des séparatistes dans les villes. Il n’existe actuellement aucun dialogue entre Yaoundé et les séparatistes. Ces derniers exigent un débat avec l’Etat sur les modalités de la séparation, en présence d’un médiateur international. Le pouvoir refuse toute discussion sur la forme de l’Etat et la réforme des institutions. Il propose en revanche une décentralisation qui ne confère ni un financement adéquat, ni une autonomie suffisante aux collectivités territoriales décentralisées (communes et régions), et prévoit d’organiser les premières élections régionales de l’histoire du pays cette année. Loin de résoudre le conflit en cours, cette solution de façade risque au contraire de générer de nouvelles violences. Des initiatives locales de dialogue tentent de se mettre en place. En particulier, des responsables religieux anglophones (catholique, protestant et musulman) ont annoncé en juillet 2018 un projet de conférence générale anglophone, envisagé comme une première étape avant un dialogue national inclusif. Une grande partie des anglophones y est favorable. Initialement réticents, certains séparatistes semblent à présent s’ouvrir à l’idée, à condition que la conférence débouche sur un référendum d’autodétermination qui donnerait le choix entre fédéralisme et indépendance. Mais face à l’opposition du pouvoir, les organisateurs de la conférence ont déjà dû la repousser deux fois : d’août à novembre 2018 d’abord, puis à mars 2019. Elle n’a toujours pas pu se tenir.

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